Freedonia

L’Effet de serre. Une chronique extra-groot, caramelstroop.

Il se reboutonne, se retourne, s’étonne de me voir boire l’eau du robinet. Nous nous embrassons puis nous enfermons. Très vite, il s’agenouille. Je m’apprête à venir lorsqu’il m’indique de l’index le chemin de sa bouche cernée de barbe et là, je dis « non ».

C’est bon d’être underground : sur la scène, la femme androgyne et allemande aux tétons crucifiés de scotch branle son faux pénis écarlate à l’aide d’un sabre. Alternatif le lendemain, le flyer consiste en une verge violette, molle et poilue. Mainstream quelques jours plus tard, le policier factice fait tourner des menottes autour de sa bite bandée.

Ces gens-là ont quelque chose avec le phallus. Moi, avec la merde : la configuration des cuvettes de W.C. néerlandaises me laisse chaque matin et chaque après-midi (et parfois le soir) dubitatif : comment mon corps peut-il contenir autant de merde à un instant T ?

Au sauna du lundi, un homme cumule les arguments : père libanais, mère portugaise. Son couplet de deux minutes entières sur son goût pour le café me rappelle toutefois pourquoi mon entourage croit rarement en la probabilité de trouver l’homme de sa vie en un tel endroit.

De toute façon, l’homme de ma vie s’appelle L. (lui aussi de mère portugaise) et est marié à un autre homme. Il me dit « Slut ». Je dis « What!? ». Il dit « Salope ». Je réponds « You’re right ». Puis il me dit « You improved your English. Last time we met, it was not so good. » alors je dis « Last year, I was shy. I improved my talking to people. Not my English. » alors il m’invite à dîner mais le dîner n’a pas lieu ; c’est toujours comme ça.

« Des regards de velours, des sourires de vautour, mais toujours pas d’amour » chante Priscilla ou l’inverse. Bld, mon hôte J. et moi-même implémentons un système de chœur pour le refrain, sans compter la choré et la continuation des paroles (avec des rimes en ‘carrefour’).

Bloqué sexuellement par un double herpès facial (inévitable en vacances), je saisis l’occasion de libérer la lesbienne en moi. Petit polo vintage, jean trop grand donc taille trop basse, caleçon WGP qui dépasse, je joue au billard dans un bar à filles.

Trop peu d’études américaines ont montré que l’herpès potentialisait les effets de la drogue. Nous croisons un coffee-shop recommandé jadis par un collègue stagiaire : The Greenhouse Effect. La pipe s’éteint sans cesse ; sans trêve il faut tirer. J’ai très chaud aux tempes. J’explique à Bld que mon sourire inutile est un problème musculaire. Le retour chez J. (au même moment au travail) est une odyssée. Ma bicyclette flotte. Mille dangers s’estompent et surgissent simultanément. Les paroles que j’ignore d’une chanson depuis peu familière se reforment dans ma tête comme des legos sortis tout seuls de leur caisse en rotin. Et ça dit : « Je me men-, je me men-tis. » Sans y prendre garde, je crache les legos aux oreilles des piétons qui s’écartent sur mon passage. Je me sens complètement perdu mais les bras qui guident mon guidon sont eux sûrs du chemin.

« Et en plaisir maint grief tourment j’endure (…) / Tout en un coup, je seiche et je verdoye. » Dans les bureaux déserts de la chambre française de commerce international, je télécharge des sonnets de Louise Labé.

Une randonnée à vélo nous plonge dans la lumière so XIXe siècle des paysages de Hollande. Le retour nous plonge dans l’averse. C’est comme les troupes du Pharaon poursuivant Moïse. La mer à gauche, à droite, par dessus. Roulant à fond, je me dis que je ne voudrais pas crever.

« Je ne souhaite encore point mourir. / Mais quand mes yeux je sentirai tarir, » La veille de mes 24 ans, Bld m’apprend que je ronfle. Le jour de mes 24 ans, elle me balance dans un éclat que je suis sec et cassant. Je ne le sais que trop ; la prise de conscience est ailleurs et brutale : mes amis ne sont pas complices de mon attitude. Ils sont intelligents – i.e. ils perçoivent la légèreté derrière – mais fragiles – ils encaissent jusqu’à une limite. Comme des belettes.

Les non-stop vannes des amis expatriés de J. me rassurent sur la banalité de ma personnalité mais m’inquiètent sur la vérité de nos relations et de tout ça. Est-ce que F. m’aime bien ? Qu’a pensé B. lorsque je l’ai cassé pour de bon parce qu’il was being vraiment con ? Sur le quai du Thalys, je sais que J., Bld et moi nous aimons au point de discuter franchement en posant clairement les problèmes dans un restaurant indonésien et que cela ne peut que durer.

Dans le Thalys, je crains surtout le retour au boulot où les gens sont fourbes et je calcule la rentabilité de mon équipe comme me l’a demandé la directrice. Dès lundi, je cherche un poste de volontariat international. Bruxelles ou Amsterdam.

Comments are closed.

Proudly powered by WordPress. Theme developed with WordPress Theme Generator.
Copyright © Freedonia. All rights reserved.