Freedonia

La sous-préfecture du monde.

Me regardant, assis et pantelant sur un fauteuil du deuxième rang (moins cher et on voit aussi bien), le Très Grand Chef demandait: «Et qui est ce jeune homme?» Mon Grand Chef répondait: «c’est l’homme de terrain du dossier, il s’appelle (très fort) PatCo, et (sourire) il est en retard.» Le Très Grand Chef: «Vous êtes sévère, il est à l’heure. Je me rappelle quand j’ai commencé à la DE c’était quand même moins dur. Le directeur m’avait dit: “Vous allez à Canberra? Pourquoi vous allez vous ennuyer. Vous avez un enfant? Alors très bien, occupez-vous en et faites en un second.” (petit rire étouffé, mouvement de la main chevaliérée) J’ai suivi ses consignes à la lettre.»

Le bureau du Très Grand Chef «était superbe et laid». Bibliothèque d’apparat, carte du monde sans frontières mais avec la végétation présumée, bureau Napoléon III et table moderno-minimaliste, vue sur les échaffaudages du Grand Palais, tapis moelleux comme la voix du Très Grand Chef demandant: «mais il y a aussi les affaires de, de, comment dit-on déjà, les gosses… — la pédophilie?», égrénant «le professeur du lycée de B…, l’assistant du ministre de l’éducation de ***, … les visas achetés à X. Le chauffeur de l’attaché était impliqué.» Il résumait, la voix monocorde luttant contre les douze coups de la vilaine pendule Empire: «Donc vous contactez l’entreprise Truc pour leur dire» qu’on les balance à la justice.

Après, mon directeur voulait que je sois chargé de faire la note et préparer les TD, et répétait très fort «PatCo, ça s’écrit P-A-T-C-O», et tout le monde me regardait sans que je pusse distinguer l’intérêt de l’ironie. Etais-je la star du jour ou la victime d’un déjeuner de con?

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