«The Best Is Yet To Come»
Ce soir, ma mère et mon père se sont engueulés (moi aussi je peux écrire un blog de banlieusard de 15 ans). Mon père avait renversé de la caïpirinha sur le coussin de la cuisine. J’avais rapporté de quoi faire de la caïpirinha pour la Fête des pères. «De toute façon, on peut pas faire un mouvement dans cet appartement. — On va pas avoir la même discussion en boucle, j’ai pas assez de place dans cet appart’ et tu n’aimes pas les maisons. — J’ai peur dans les maisons.» Ensuite, ma mère m’a parlé d’un courrier du Trésor public, rappelant un retard d’impôt dû par sa soeur morte. Après, elle a pleuré mais je suis le seul à m’en être rendu compte parce qu’il y avait Espagne-Portugal.
Ma soeur ne voulait pas céder sur mon argument post-CNUCED, comme quoi c’est bien que les produits du Sud circulent librement mais pas que leurs prix se fixent librement. Après, j’ai réfléchi aux conséquences de ce que je racontais, et je me suis dit que c’est parce que le cacao ivoirien arrive librement dans ma tasse (à son prix libre de maintenant ou à son prix plus élevé, régulé, d’avant) que les Ivoiriens doivent importer leur bouffe quotidienne. Ou que le vil prix des IPod (… IPod!, IPod-IPod), qui assure le bonheur de tous les Jean-Michel Foucault du monde, dépend de la perpétuation de la misère de l’armée salariale de réserve dans les taudis de Shanghaï. Que notre bonheur matériel (indépendamment même de la libéralisation des économies du Sud, et du seul fait qu’il est) ne fait pas qu’anticiper celui du Sud, mais probablement l’empêche irrémédiablement.
Tout à l’heure, rue du Château-d’Eau, l’odeur du barbecue dans la chaleur presque estivale était la même que celle de la kermesse de Saint-Georges, celle de Meudon quand j’étais petit, le jour de la Fête des pères.
Au téléphone, ChelseaBoy m’a dit: «Tyler Brûlé, c’est toi dans 10 ans», mais je n’ai pas envie d’être épilé un jour.
