Bienséances
Avant-hier, au théâtre des Champs-Elysées, avec mon chéri.
Un mec de 30 ans, au physique d’un chef des jeunesses villiéristes, et doté donc de cette étrange beauté des cathos versaillais, apostrophe mon copain à l’entracte: “Vous pourriez tout de même observer un minimum de décence. On est à l’opéra ici, pas dans un bar”.
Je décidai pour la peine de partir en quête d’autres places, moyennant quoi nous laissâmes le beau réac sur son strapontin de poulailler, pour un premier rang de premier balcon.
A la sortie, armé de ma veste (garant de légitimité et de respectabilité), prenant ma plus belle démarche (calquée sur Vlörens dans “Boom chez Lizmry”), je fonce vers le fourbe, très Jockey Club: “Il paraît, monsieur, que vous nous avez reproché notre attitude. Je crois avoir moi-même reçu une assez bonne éducation, et l’une des premières règles de bienséance qu’on m’y ait appris, était de ne pas prétendre en donner de leçon aux autres. Bonsoir, monsieur”. Me suis incliné et ai tourné les talons, il ne me manquait plus que la canne et le canotier.
Le hasard nous met sur le chemin du gredin quelques instants plus tard, il m’accoste: “Monsieur, je ne parlais pas de politesse, mais d’élégance”. Emporté par mon chéri, je n’eus que le temps de lui répondre “Très bien, merci” (Wendy revient au grand galop).
La dernière fois que j’étais allé dans ce théâtre, il y avait Fanny Ardant. La fréquentation des Champs se va de mal en pis.
Il ne me restait plus aujourd’hui qu’à me réfugier plaine Monceau pour engloutir des gâteaux à la crème fouettée.
