Le service public est foutu.
Aujourd’hui, j’ai assisté à une réunion sur du néant, avec le Medef et un directeur d’administration centrale qui se déstressait avec un komboloi, l’arme du glandu grec. Il a été trois ans en poste à Athènes, m’apprend sa fiche de l’Annuaire; mais ça n’excuse pas tout.
Deux des sept agents de ma sous-direction jonglent — ce qui en passant me rappelle que j’ai envie, dans les manifs, de taper les jongleurs faux-cool alter-.
Un courrier interne peut mettre 13 jours à parvenir, soit 10 jours pour se perdre et 3 jours pour que le second envoi descende deux étages.
Ca fait une semaine que je suis dans l’état d’esprit de répondre aux petites apories des procédures administratives, du genre: «pour obtenir des lettres signés du ministre, il faut écrire à la sous-direction des ***, qui transmet au protocole, qui transmet au cabinet, puis retour» (mais c’était urgent?!), ou «nous n’acceptons plus les badges de fonctionnaire pour donner un badge de visiteur au ministère des finances», ou «pour les procurations il faut telles et telles pièces justificatives et leurs photocopies» (mais votre site dit autre chose, et une photocopie c’est payant donc ce serait payer pour voter?!). La réponse est comme chacun sait: «parlez-en à» (mon chef, le webmestre, mon cul)
Et, bien sûr, nous sommes en train dans ma sous-direction d’écrire un plan d’action avec des *objectifs*. Heureusement qu’il est structurellement impossible de nous assigner des indicateurs de performance.
J’ai peur de dire des trucs de droite horrible, de donner l’impression que je penserais que l’entreprise est un lieu de rationalité et d’efficience. En fait, je crois sincèrement que l’Etat est utile, que son périmètre actuel est légitime; mais il se pourrit des maladies des grandes organisations (publiques et privées): usure individuelle des agents, dépossession des échelons d’exécution de toute autonomie et donc irresponsabilité généralisée (puisque le vrai responsable est introuvable), routines, jonglage au bureau.
