Le char de l’Etat navigue sur un volcan.
Marthe Villalonga, la collègue de Maria Pacôme dans son contrat-emploi-consolidé post-détox, au Protocole du Département, dit: «Elle est mignonne quand même» (elle parle de Maria Pacôme). Avant, racontant sa journée de la veille, elle avait constaté: «les Moldaves sont quand même moins sauvages que j’imaginais.»
Après, on a tous été à l’hôtel de Matignon. Maria Pacôme est très copine avec tous les chauffeurs qui la conduisent (vu qu’elle est une star déchue, elle a droit à un chauffeur comme le Ministre). Elle connaît leur prénom (Gérard, Michel, des trucs comme ça). Eux, c’est des anciens chauffeurs routiers comme le prouvent leur prénom, leur boucle d’oreille, leur barbe et leur accent grailleux (je ne sais pas s’ils écoutent la cibi en attendant le Ministre) et leur manque de maîtrise du vouvoiement.
A Matignon, Jean-Pierre et Francis sont très potes. Ils se racontent des blagues en se tenant le bras, en attendant les Arabes. Francis bouge tout le temps de façon brusque, énergique, il est un grand maigre violent et acerbe. Jean-Pierre fait con, comme à la télé. Ses cheveux sont mal coupés. Il est auréolé d’orgueil et de pellicules. Il est petit et laid, mais son visage est gras, énorme, dilaté. Il dit en nous voyant: «bonjour!», mais pas comme une gens-d’en-bas, ce qui serait tranquillement et avec la phrase qui monte, non, comme un animateur de radio, tonitruamment et les deux syllabes sur le même ton. Il porte des mocassins à glands et un costume irrepassé. Il sourit d’ennui et de contentement.
Dans la délégation d’Arabes, il y a Omar Charif (qui se fait passer pour un prince depuis qu’il a eu le César du meilleur acteur) et le numéro 47 des most-wanted irakiens (comme le prouve sa moustache démesurée et son uniforme d’opérette libyenne). Aussi, le chef du protocole de B*** qui est une sorte de mafioso arabe, avec un costume voyant et les cheveux gominés. Le chef du Protocole du Département, dit «Aznavour» par ses collègues parce qu’il a un nom arménien, me fait des clins d’oeil en surveillant si l’entretien va à sa fin. L’entretien, lui, est «cordial» (d’un ennui mortel, ce que prouve la ponctualité de son terme).
L’intendant de Matignon explique que les pendules ne sont plus remontées parce qu’ils sont entre deux contrats de fournisseurs. Il se plaint de l’état déplorable des plots en laiton anti-émeute de caméramen: «on a quand même les budgets pour s’acheter un petit pot de Mirror». Ici, «55 employés. Déjà, les trente-cinq heures…»
Comme le jardin dehors est vaste, et calme, et vide aussi!




