{"id":95,"date":"2010-02-13T17:26:43","date_gmt":"2010-02-13T16:26:43","guid":{"rendered":"http:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/?p=95"},"modified":"2010-02-13T17:26:43","modified_gmt":"2010-02-13T16:26:43","slug":"borne-back-ceaselessly-into-the-past","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/?p=95","title":{"rendered":"\u00ab&#8230; borne back ceaselessly into the past.\u00bb"},"content":{"rendered":"<p><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/01.jpg\" title=\"Imm\u00e9diatement j'\u00e9tais reparti, \u00e0 travers l'Europe et en train. C'\u00e9tait en octobre, l\u00e0 aussi. Pour la derni\u00e8re fois avant longtemps, je prenais de ces vacances qu'un ami\/jaloux appelait \u00abde jetsetter\u00bb.\" \/><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/02.jpg\" title=\"En Suisse, on visitait en famille, \u00e0 l'initiative de mon p\u00e8re, une exposition majeure tenue dans une improbable fondation d'art. La petite ville glauque et fra\u00eeche d'arri\u00e8re-canton, serr\u00e9e contre la fabrique, le fils de millionnaire prodigue et son mausol\u00e9e brutaliste, tout cela me semblait droit sorti de \u00abCe jour-l\u00e0\u00bb: le film o\u00f9 Bernard Giraudeau est un fou lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 dessein pour liquider une h\u00e9riti\u00e8re suisse et simplette, mais tue tous ses commanditaires. Film dont une sc\u00e8ne horrible (un type marchant tout mort avec un marteau fich\u00e9 dans le cr\u00e2ne) me hante irr\u00e9m\u00e9diablement comme la syncope qu'elle m'avait provoqu\u00e9 sur le moment. Un film qui est tout ce que je sais de la Suisse.\" \/><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/03.jpg\" title=\"Nous \u00e9tions descendus \u00e0 l'h\u00f4tel de Tintin et Haddock face \u00e0 la gare de Gen\u00e8ve. Tout semblait d'ailleurs concourir \u00e0 r\u00e9veiller ces \u00e9chos de roman policier, de ligne claire, de Guerre froide. L'omnibus traversait \u00e0 son petit train les vieilles vill\u00e9giatures chic, Nyon, Montreux, Lausanne. Sur le Lac circulait gaillardement un vieux bateau \u00e0 vapeur oubli\u00e9 par le rancart. Tout cela, envelopp\u00e9 dans le froid concret et le brouillard, par moment la neige de l'automne. Au Palais des Nations, on aurait pu d'un instant \u00e0 l'autre croiser l'ambassadeur de Bordurie ou un tueur de \u00abLa Mort aux trousses\u00bb dans les immensit\u00e9s Art D\u00e9co.\" \/><br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/04.jpg\" title=\"Sur Venise, il faut que je reprenne le fil de mes pens\u00e9es, l\u00e0 o\u00f9 je les ai laiss\u00e9es en 2007, en 2005.\" \/><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/05.jpg\" title=\"La ville avait cr\u00e9\u00e9 en moi un malaise, m'avait accul\u00e9 dans une impasse, elle fut \u00e9nervante (au sens propre), elle me laissa sans force et sans ressort. Tout cela m'est revenu en octobre. Venise touche, depuis longtemps, \u00e0 sa fin; et nous avec. Venise continue de perdre et plumer les touristes, m\u00eame dans le naufrage. C'est pour voler encore qu'elle est sauv\u00e9e des eaux, couverte d'hideux \u00e9chafaudages publicitaires. Le canal de la Giudecca est sillonn\u00e9 de paquebots deux fois hauts comme la ville, laids comme des fronts de mer aux \u00c9mirats. Place saint-Marc, les orchestres siamois de Florian et Quadri sont deux visions du pont du \u00abTitanic\u00bb: tout le monde, badauds et clients, bat la mesure et fera semblant jusqu'\u00e0 la fin - qui ne saurait tarder.\" \/><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/06.jpg\" title=\"Heureusement avec le froid et le t\u00f4t soir d'automne, Venise reprend dans l'obscurit\u00e9 de la consistance, la r\u00e9alit\u00e9 d'une petite ville de province o\u00f9 rien, pas m\u00eame les morts palais, ne donne \u00e0 rester dehors \u00e0 la nuit venue. Une ville de vieilles petites gens, de boutiqui\u00e8res, une ville sans d\u00e9tours, o\u00f9 l'on ne s'\u00e9gare pas. La pluie poisse les pav\u00e9s, qui mirent le ciel: enfin on voit la lumi\u00e8re qu'\u00e9teignaient les rios, on voit plus loin que l'obscurit\u00e9 des murs l\u00e9preux et des eaux stagnantes. M\u00eame, dehors surgissent les mille petits tracas, le regain de vie de l'aqua alta. On se bouscule sur les caillebotis. Venise devient joyeuse comme une fillette pi\u00e9tinant une flaque.\" \/><br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/07.jpg\" title=\"La Biennale a encore une fois une tonalit\u00e9 d'ensemble, la parcourir est comme prendre l'air du temps dans les ateliers contemporains. En 2009, introspection, sculpture sur cheveux, de la retenue. On ne se fend plus la gueule dans les Giardini.\" \/><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/08.jpg\" title=\"On se demande: \u00abcette stup\u00e9fiante ethnographie de juifs hongrois, elle est de maintenant ou d'alors?\u00bb\" \/><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/09.jpg\" title=\"Parfois, dans une mise en ab\u00eeme qui est aussi un vertigineux fast-backward, les \u0153uvres se mettent \u00e0 ressembler aux pavillons, ou  l'inverse (exemple: ce collage urbanistique bolivarien).\" \/><br \/>\n<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/10.jpg\" title=\"\u00abweek-end \u00e0 Rome \/ Pour la douceur de vivre, et pour le fun \/ Puisqu'on est jeunes, week-end rital\u00bb\" \/><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/11.jpg\" title=\"Comme \u00e0 Venise, les angoisses et les pr\u00e9ventions de la pr\u00e9c\u00e9dente fois s'\u00e9taient \u00e9vanouies, celles de la Ville accabl\u00e9e de soleil, de d\u00e9votion et de cars \u00abL'Europe en 7 jours\u00bb, le plan urbain rigoureux et froid comme une \u00e9num\u00e9ration de p\u00e8re j\u00e9suite, le vide des rues m\u00e8re d'angoisse. En octobre, et quoique le ciel s'emplisse de nu\u00e9es d'oiseaux d'Apocalypse, c'\u00e9tait labeur et douceur: les Romains en power-suits Armani \u00e9clusaient fissa tramezzini et caf\u00e9s; les touristes ignoraient le mus\u00e9e Barberini.\" \/><img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/200910\/12.jpg\" title=\"J'ai enfin pu voir EUR, la ville nouvelle, creuse, monumentale et p\u00e9remptoire comme un discours de Mussolini. Des f\u00eates queer s'y tiennent je crois; toute cette belle pompe n\u00e9oclassique a, comme dans \u00abla Dolce Vita\u00bb, besoin d'absurdit\u00e9 parachut\u00e9e, d'orgies improvis\u00e9es brindezingues.\" \/><\/p>\n<p>A1: Imm\u00e9diatement j&rsquo;\u00e9tais reparti, \u00e0 travers l&rsquo;Europe et en train. C&rsquo;\u00e9tait en octobre, l\u00e0 aussi. Pour la derni\u00e8re fois avant longtemps, je prenais de ces vacances qu&rsquo;un ami\/jaloux appelait \u00abde jetsetter\u00bb.<br \/>\nA2: En Suisse, on visitait en famille, \u00e0 l&rsquo;initiative de mon p\u00e8re, une exposition majeure tenue dans une improbable fondation d&rsquo;art. La petite ville glauque et fra\u00eeche d&rsquo;arri\u00e8re-canton, serr\u00e9e contre la fabrique, le fils de millionnaire prodigue et son mausol\u00e9e brutaliste, tout cela me semblait droit sorti de \u00abCe jour-l\u00e0\u00bb: le film o\u00f9 Bernard Giraudeau est un fou lib\u00e9r\u00e9 \u00e0 dessein pour liquider une h\u00e9riti\u00e8re suisse et simplette, mais tue tous ses commanditaires. Film dont une sc\u00e8ne horrible (un type marchant tout mort avec un marteau fich\u00e9 dans le cr\u00e2ne) me hante irr\u00e9m\u00e9diablement comme la syncope qu&rsquo;elle m&rsquo;avait provoqu\u00e9 sur le moment. Un film qui est tout ce que je sais de la Suisse.<br \/>\nA3: Nous \u00e9tions descendus \u00e0 l&rsquo;h\u00f4tel de Tintin et Haddock face \u00e0 la gare de Gen\u00e8ve. Tout semblait d&rsquo;ailleurs concourir \u00e0 r\u00e9veiller ces \u00e9chos de roman policier, de ligne claire, de Guerre froide. L&rsquo;omnibus traversait \u00e0 son petit train les vieilles vill\u00e9giatures chic, Nyon, Montreux, Lausanne. Sur le Lac circulait gaillardement un vieux bateau \u00e0 vapeur oubli\u00e9 par le rancart. Tout cela, envelopp\u00e9 dans le froid concret et le brouillard, par moment la neige de l&rsquo;automne. Au Palais des Nations, on aurait pu d&rsquo;un instant \u00e0 l&rsquo;autre croiser l&rsquo;ambassadeur de Bordurie ou un tueur de \u00abLa Mort aux trousses\u00bb dans les immensit\u00e9s Art D\u00e9co.<br \/>\nB1: Sur Venise, il faut que je reprenne le fil de mes pens\u00e9es, l\u00e0 o\u00f9 je les ai laiss\u00e9es en 2007, en 2005.<br \/>\nB2: La ville avait cr\u00e9\u00e9 en moi un malaise, m&rsquo;avait accul\u00e9 dans une impasse, elle fut \u00e9nervante (au sens propre), elle me laissa sans force et sans ressort. Tout cela m&rsquo;est revenu en octobre. Venise touche, depuis longtemps, \u00e0 sa fin; et nous avec. Venise continue de perdre et plumer les touristes, m\u00eame dans le naufrage. C&rsquo;est pour voler encore qu&rsquo;elle est sauv\u00e9e des eaux, couverte d&rsquo;hideux \u00e9chafaudages publicitaires. Le canal de la Giudecca est sillonn\u00e9 de paquebots deux fois hauts comme la ville, laids comme des fronts de mer aux \u00c9mirats. Place saint-Marc, les orchestres siamois de Florian et Quadri sont deux visions du pont du \u00abTitanic\u00bb: tout le monde, badauds et clients, bat la mesure et fera semblant jusqu&rsquo;\u00e0 la fin &#8211; qui ne saurait tarder.<br \/>\nB3: Heureusement avec le froid et le t\u00f4t soir d&rsquo;automne, Venise reprend dans l&rsquo;obscurit\u00e9 de la consistance, la r\u00e9alit\u00e9 d&rsquo;une petite ville de province o\u00f9 rien, pas m\u00eame les morts palais, ne donne \u00e0 rester dehors \u00e0 la nuit venue. Une ville de vieilles petites gens, de boutiqui\u00e8res, une ville sans d\u00e9tours, o\u00f9 l&rsquo;on ne s&rsquo;\u00e9gare pas. La pluie poisse les pav\u00e9s, qui mirent le ciel: enfin on voit la lumi\u00e8re qu&rsquo;\u00e9teignaient les rios, on voit plus loin que l&rsquo;obscurit\u00e9 des murs l\u00e9preux et des eaux stagnantes. M\u00eame, dehors surgissent les mille petits tracas, le regain de vie de l&rsquo;aqua alta. On se bouscule sur les caillebotis. Venise devient joyeuse comme une fillette pi\u00e9tinant une flaque.<br \/>\nD1: La Biennale avait encore une fois une tonalit\u00e9 d&rsquo;ensemble, la parcourir est comme prendre l&rsquo;air du temps dans les ateliers contemporains. En 2009, introspection, sculpture sur cheveux, de la retenue. On ne se fend plus la gueule dans les Giardini.<br \/>\nD2: On se demande: \u00abcette stup\u00e9fiante ethnographie de juifs hongrois, elle est de maintenant ou d&rsquo;alors?\u00bb<br \/>\nD3: Parfois, dans une mise en ab\u00eeme qui est aussi un vertigineux fast-backward, les \u0153uvres se mettent \u00e0 ressembler aux pavillons, ou  l&rsquo;inverse (exemple: ce collage urbanistique bolivarien).<br \/>\nE1: \u00abweek-end \u00e0 Rome \/ Pour la douceur de vivre, et pour le fun \/ Puisqu&rsquo;on est jeunes, week-end rital\u00bb<br \/>\nE2: Comme \u00e0 Venise, les angoisses et les pr\u00e9ventions de la pr\u00e9c\u00e9dente fois s&rsquo;\u00e9taient \u00e9vanouies, celles de la Ville accabl\u00e9e de soleil, de d\u00e9votion et de cars \u00abL&rsquo;Europe en 7 jours\u00bb, le plan urbain rigoureux et froid comme une \u00e9num\u00e9ration de p\u00e8re j\u00e9suite, le vide des rues m\u00e8re d&rsquo;angoisse. En octobre, et quoique le ciel s&#8217;emplisse de nu\u00e9es d&rsquo;oiseaux d&rsquo;Apocalypse, c&rsquo;\u00e9tait labeur et douceur: les Romains en power-suits Armani \u00e9clusaient fissa tramezzini et caf\u00e9s; les touristes ignoraient le mus\u00e9e Barberini.<br \/>\nE3: J&rsquo;ai enfin pu voir EUR, la ville nouvelle, creuse, monumentale et p\u00e9remptoire comme un discours de Mussolini. Des f\u00eates queer s&rsquo;y tiennent je crois; toute cette belle pompe n\u00e9oclassique a, comme dans \u00abla Dolce Vita\u00bb, besoin d&rsquo;absurdit\u00e9 parachut\u00e9e, d&rsquo;orgies improvis\u00e9es brindezingues.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A1: Imm\u00e9diatement j&rsquo;\u00e9tais reparti, \u00e0 travers l&rsquo;Europe et en train. C&rsquo;\u00e9tait en octobre, l\u00e0 aussi. Pour la derni\u00e8re fois avant longtemps, je prenais de ces vacances qu&rsquo;un ami\/jaloux appelait \u00abde jetsetter\u00bb. 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