{"id":417,"date":"2013-04-16T21:58:10","date_gmt":"2013-04-16T20:58:10","guid":{"rendered":"http:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/?p=417"},"modified":"2013-04-16T21:58:10","modified_gmt":"2013-04-16T20:58:10","slug":"session-de-rattrapage-2011","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/?p=417","title":{"rendered":"Session de rattrapage (2011)"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Je n'ai pas encore tout dit de Vienne. Mes parents m'y avaient rendu visite.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/02.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"R\u00e9trospectivement, on doit pouvoir faire remonter l\u00e0 l'impression de notre incapacit\u00e9 d\u00e9finitive \u00e0 changer, du moins les uns pour les autres: on reste le prisonnier d'un caract\u00e8re trop entier, ou trop pudique, de malheurs qu'on garderait toujours sans les surmonter ni les partager. Dans une famille, on ne s'\u00e9coute jamais vraiment.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/03.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Chez Trzesniewski, ma grand-m\u00e8re et Th\u00e9r\u00e8se, dans un mim\u00e9tisme warholien des looks. Elles avaient voulu tout voir de Vienne, en deux jours: Mozart, Sch\u00f6nbrunn, les caf\u00e9s, le march\u00e9, la S\u00e9cession, les grands magasins. Pourtant leur \u00e2ge s'\u00e9tait, chose in\u00e9dite, rappel\u00e9 \u00e0 elles au moment de repartir: \u00abc'\u00e9tait crevant.\u00bb\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/05.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Heureusement que mes amis ne m'ont pas laiss\u00e9 tomber. Amis volages dans leurs passions, ogres gourmets et omnivores: \u00abBudapest c'est trop bien\u00bb et \u00abje vais passer un \u00e9t\u00e9 \u00e0 Lisbonne.\u00bb\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/01.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Amis des antipodes aux lucides \u00e9normit\u00e9s: \u00abces jeunes m'\u00e9puisent.\u00bb\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/06.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Amis courageux, mine de rien.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/04.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"De retour \u00e0 Stras-,  la tare professionnelle de mon absence de charisme m\u2019explosa \u00e0 la gueule, et la sottise infantilisante, st\u00e9rile et traditionaliste de l\u2019Ecole. J\u2019enrageais de ces contraintes, et pourtant je succombais au stress des injonctions contradictoires et de la course au bon point. L\u2019ennui choucrout\u00e9 de la ville ne faisait rien \u00e0 l\u2019affaire.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/09.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"J\u2019alternais du reflux d\u2019ambition \u00e0 l\u2019angoisse scolaire, \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence heureuse hant\u00e9e par la mauvaise conscience. Heureusement que je c\u00f4toyais Aymeric, Pascale, Virginie, et quelques autres, vrais amis, ancr\u00e9s dans la vie, ranimant ma foi aussi dans l\u2019Etat. \" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/08.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"L\u2019\u00e9t\u00e9, un rapide aller-retour \u00e0 B\u00e2le, une ville proprette et charmante, prosp\u00e8re, d\u2019une \u00e9l\u00e9gance de roman courtois, comme elles le sont le long du Rhin et de la Meuse. Pour la premi\u00e8re fois depuis mes ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudiant, j\u2019y ressentis frontalement les limites de mon pouvoir d\u2019achat. Le week-end, on entend B\u00e2le s\u2019enrichir en dormant. J\u2019y fus gentiment accueilli par un ami de Dustin \u2013 d\u2019une simplicit\u00e9 gentille et rustique, et d\u2019une qui\u00e8te excentricit\u00e9 toute helv\u00e9tique.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/10.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Alors partir. Faire du lointain l\u2019habitude, embrasser le d\u00e9part comme un mode de vie.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/13.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Et prendre Venise, Saint-Georges-Majeur les ann\u00e9es impaires, comme point fixe.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/14.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Chaque fois je m\u2019y trouve plus \u00e0 mon aise. J\u2019aime le calme des ruelles anonymes, appropri\u00e9es par les chats et vou\u00e9es au soleil. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai attendu Rob, accroupi dans un coin d\u2019ombre.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/15.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Il me semble que si je revenais assez souvent, ou si je ne repartais plus, j\u2019aurais mes rep\u00e8res, je saurais quel rythme donner \u00e0 mes routines, et comment \u00e9viter la laideur bifrons du tourisme et du clich\u00e9.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/16.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"J\u2019ai d\u00e9couvert Lido. Ici aussi, la d\u00e9vastation moderne de l\u2019uniformit\u00e9 fait son \u0153uvre pour saper le r\u00eave, pour expulser les souvenirs que nous b\u00e2tissent d\u2019avance les romans.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/17.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Mais dans les recoins subsistent, ici aussi, assez de lieux nostalgiques pour s\u2019\u00e9difier dans le pass\u00e9 quelques vies parall\u00e8les, et pour l'avenir quelques r\u00e9miniscences pr\u00e9cieuses.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/26.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Par une folle vengeance des pulsions ou de l\u2019informatique, je n\u2019ai plus trace des escales suivantes. Aucune copie sur les ordinateurs ; j\u2019ai effac\u00e9 un \u00e0 un les clich\u00e9s sur la cam\u00e9ra sans me douter de rien, avec une nostalgie rapide, pour faire de la place \u00e0 d\u2019autres. La perte a l\u2019ampleur de ma propension \u00e0 l\u2019oubli. Qu\u2019avait-on vu encore \u00e0 la Biennale, o\u00f9 avait-on d\u00e9couvert un morceau de Venise moderne, qu\u2019admire-t-on d\u00e9j\u00e0 aux Frari que Rob avait tenu \u00e0 visiter? Et les enseignes dans les nuits d\u2019orage et de foule au campo Sta Marguerita?  Et de Trieste, ville \u00e0 quai, des immeubles autrichiens en pente sous la bora, des \u00e9glises byzantines, des grands ensembles fascistes du centre, des caf\u00e9s \u00e9l\u00e9gants en voie d\u2019extinction et de la charcuterie populaire, des traces litt\u00e9raires de Stuparich et Joyce, dans l\u2019ambiance pass\u00e9e et pinc\u00e9e? Et Miramar aussi, et  la mignardise alpine et les esplanades brutalistes et le ch\u00e2teau propret de Ljubljana. Perdu tout \u00e7a, perdu comme le reste, et un peu plus encore. C\u2019est le moment o\u00f9 j\u2019ai cess\u00e9 de vouloir \u00eatre avec Rob, aussi.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/27.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"J'ai par contre remis la main sur quelques photos du mariage en Provence de mon vieil ami Franck, un autre pr\u00e9cieux souvenir. Un beau moment, parce qu'il avait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 de fond en comble, des lieux \u00e0 la musique. On s'\u00e9tait bien amus\u00e9s avec Nadia, Fix, et quelques autres. Curiosit\u00e9, la soir\u00e9e s'\u00e9tait tenue dans un beach club inverti de Ramatuelle jadis fr\u00e9quent\u00e9 par Michel Guy et Michou.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/28.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Dans la m\u00eame veine, nous avions \u00e0 l'initiative d'Ivan essay\u00e9 de faire le tour des derniers lieux du gai (prononcer gueille) deuxi\u00e8me: mais le Vagabond et le C\u00e9sar venaient de fermer coup sur coup, emportant la poussi\u00e8re paillet\u00e9e du souvenir, tout un pass\u00e9 d\u00e9sormais introuvable de gastronomie p\u00e9d\u00e9e, d'oeillades entendues et de gloussements froufroutants. Il restait encore le \u00abchampagne\u00bb surfactur\u00e9 de l'Insolite, le dancing rikiki de la Champmesl\u00e9, et les clients de l'Alexander's Bar pour ramener au temps d'avant, celui de Le Luron, de Mourousi, d'Emaer.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/18.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Au\u00a0Nord. Les gens m\u2019ont plus, leur mine franche, leur robuste constitution, leur go\u00fbt sans d\u00e9tour du plaisir, leur proverbiale hospitalit\u00e9. Peut-\u00eatre le don de la vie errante est-il d\u2019apprendre \u00e0 se faire des amis partout, et g\u00e9n\u00e9ralement c\u2019est \u00e0 d\u2019autres m\u00e9t\u00e8ques que l\u2019on se lie\u00a0; mais \u00e0 Lille, des Lillois aussi m\u2019ont accueilli.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/25.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"N\u2019\u00e9tait sa mal\u00e9diction d\u2019\u00eatre, lui aussi, on the road, et\u00a0m\u00eame limogeable \u00e0 vue (et puis \u00e0 la main de la x\u00e9nophobie d\u2019Etat), le m\u00e9tier appris sur place me plairait bien. Il r\u00e9pond \u00e0 plusieurs de mes lancinantes vell\u00e9it\u00e9s\u00a0: me plonger dans la diagonale du vide, toucher du doigt mon utilit\u00e9 professionnelle, exercer l\u2019autorit\u00e9.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/31.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Et puis mon chef, mes coll\u00e8gues \u00e9taient super, et parfois bien de gauche. Ca faisait du bien.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/30.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"A la Toussaint, Fillette nous avait emmen\u00e9 dans sa campagne solognote. C'\u00e9tait la belle saison de la chasse, de la p\u00e2tisserie domestique, de la paresse, des promenades en for\u00eat, des l\u00e9gumes de pot-au-feu, des brocantes et des histoires de fant\u00f4mes.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/19.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Pour venir jusqu'\u00e0 Romorantin-Lanthenay, j'avais fait un changement \u00e0 Vierzon, ville qui r\u00e9veilla mon envie de diagonale du vide, comme une vertigineuse r\u00e9surgence de solitude, un vilain v\u0153u de voir la France profonde. Triste ville inanim\u00e9e et lointaine, ville en vain. T'avais qu'\u00e0 pas vouloir voir Vierzon.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/20.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Dans la maison de famille, Fillette \u00e9voquait des anecdotes de bigamie chabrolienne entre l'Aisne et le Cher, si l'on peut dire. La demeure \u00e9voquait des partouzes giscardiennes, des surprise-parties modianesques, toute une vieille France suivant La r\u00e8gle du jeu.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/21.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Tout \u00e7a ne vaut pas un clair de lune \u00e0 Maubeuge. Maubeuge, pour voir. Par une de ces erreurs nouvelles que permet la r\u00e9servation touristique en ligne, j'ai \u00e9chou\u00e9 dans un h\u00f4tel aseptis\u00e9 le long d'une nationale triste, que j'ai long\u00e9e longuement pour trouver un gigantesque restaurant de couscous pas folichon.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/22.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"La rue d'Hautmont est \u00e0 l'abandon mais pas d\u00e9serte, d\u00e9fonc\u00e9e, rong\u00e9e de mauvaises herbes, ses services publics en lambeaux. Des hommes sont r\u00e9unis dans un estaminet sinistre, des gens sales tra\u00eenent le long de la chauss\u00e9e. Des animaux d\u00e9pressifs stagnent dans les cages du zoo, au bout de la rue. Les corons, le canal, les fortifications: ce serait peut-\u00eatre joli, sans la mis\u00e8re.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/23.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"C'est comme \u00e0 Denain ou \u00e0 Dutemple, on a laiss\u00e9 les gens et les lieux l\u00e0, \u00e0 leur sort, \u00e0 pourrir lentement. Combien de temps peut-on oublier quelqu'un, et une ville, sans qu'ils se rappellent \u00e0 vous? Rarement j'ai vu aussi nettement le quart-monde qu'en cherchant la maison o\u00f9 a grandi ma grand-m\u00e8re.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/24.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"A l\u2019invitation de Jon (ah! Jon\u2026), j\u2019ai rejoint Bilbao un week-end. Vieux projet. Bilbao\u00a0: la jeunesse y est compacte et turbulente dans les rues, amicale et enivr\u00e9e, et navigue de lieu en bar, de danse traditionnelle en pogo punk. Bee-line pour les tapas et les calimoxos. C\u2019est l\u2019envers joyeux de Li\u00e8ge, o\u00f9 le populaire aurait repris ses droits, son folklore, son optimisme.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/34.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Il y avait pourtant, d\u00e9j\u00e0, l\u2019ombre d\u2019une angoisse, dont Bilbao a \u00e9t\u00e9 la fuite mais aussi l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/35.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Peut-\u00eatre ai-je r\u00e9veill\u00e9 mes peurs de voyage r\u00e9currentes. Peut-\u00eatre que ma fragilit\u00e9 affective a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e, et balad\u00e9e, par le jeu de dandysme s\u00e9duisant (\u00e0 chapeau) et de distance (auf Deutsch) de Jon. L\u2019aller-retour entre l\u2019imp\u00e9ratif macho, le mutisme d\u2019un berger, l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019un nerd.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/36.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Gare de Lyon, au retour d\u2019un week-end beaux-arts avec Matthieu DC. J\u2019ai not\u00e9, alors, que je ne comprenais m\u00eame plus les visages, que leur sens, leur possible beaut\u00e9 devenaient insaisissables.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/29.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Il devenait n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9lucider le paradoxe\u00a0: est-ce l\u2019impossibilit\u00e9 g\u00e9ographique qui a cr\u00e9\u00e9 mon \u00e9loignement affectif de tout, ou est-ce la peur de la proximit\u00e9 qui a su, toujours, mettre de la distance?\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/37.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Tout m\u2019est devenu \u00e9touffant, les r\u00e9unions de famille comme la scolarit\u00e9, l\u2019on et l\u2019off de ma vie. Je ne crois pas que mon entourage l\u2019ai entendu, m\u00eame s\u2019il a r\u00e9agi, ensuite. J\u2019aurais pu tout envoyer pa\u00eetre, tous ces devoirs, et les autres, et moi\u00a0; mais je n\u2019en ai rien fait, car l\u2019apathie gagne toujours \u00e0 la fin, et le conformisme.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201111\/38.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><\/p>\n<p>A1: Je n&rsquo;ai pas encore tout dit de Vienne. Mes parents m&rsquo;y avaient rendu visite.<br \/>\nA2: R\u00e9trospectivement, on doit pouvoir faire remonter l\u00e0 l&rsquo;impression de notre incapacit\u00e9 d\u00e9finitive \u00e0 changer, du moins les uns pour les autres: on reste le prisonnier d&rsquo;un caract\u00e8re trop entier, ou trop pudique, de malheurs qu&rsquo;on garderait toujours sans les surmonter ni les partager. Dans une famille, on ne s&rsquo;\u00e9coute jamais vraiment.<br \/>\nA3: Chez Trzesniewski, ma grand-m\u00e8re et Th\u00e9r\u00e8se, dans un mim\u00e9tisme warholien des looks. Elles avaient voulu tout voir de Vienne, en deux jours: Mozart, Sch\u00f6nbrunn, les caf\u00e9s, le march\u00e9, la S\u00e9cession, les grands magasins. Pourtant leur \u00e2ge s&rsquo;\u00e9tait, chose in\u00e9dite, rappel\u00e9 \u00e0 elles au moment de repartir: \u00abc&rsquo;\u00e9tait crevant.\u00bb<\/p>\n<p>B1: Heureusement que mes amis ne m&rsquo;ont pas laiss\u00e9 tomber. Amis volages dans leurs passions, ogres gourmets et omnivores: \u00abBudapest c&rsquo;est trop bien\u00bb et \u00abje vais passer un \u00e9t\u00e9 \u00e0 Lisbonne.\u00bb<br \/>\nB2: Amis des antipodes aux lucides \u00e9normit\u00e9s: \u00abces jeunes m&rsquo;\u00e9puisent.\u00bb<br \/>\nB3: Amis courageux, mine de rien.<\/p>\n<p>C1: De retour \u00e0 Stras-,\u00a0 la tare professionnelle de mon absence de charisme m\u2019explosa \u00e0 la gueule, et la sottise infantilisante, st\u00e9rile et traditionaliste de l\u2019Ecole. J\u2019enrageais de ces contraintes, et pourtant je succombais au stress des injonctions contradictoires et de la course au bon point. L\u2019ennui choucrout\u00e9 de la ville ne faisait rien \u00e0 l\u2019affaire.<br \/>\nC2: J\u2019alternais du reflux d\u2019ambition \u00e0 l\u2019angoisse scolaire, \u00e0 l\u2019indiff\u00e9rence heureuse hant\u00e9e par la mauvaise conscience. Heureusement que je c\u00f4toyais Aymeric, Pascale, Virginie, et quelques autres, vrais amis, ancr\u00e9s dans la vie, ranimant ma foi aussi dans l\u2019Etat.<br \/>\nC3: L\u2019\u00e9t\u00e9, un rapide aller-retour \u00e0 B\u00e2le, une ville proprette et charmante, prosp\u00e8re, d\u2019une \u00e9l\u00e9gance de roman courtois, comme elles le sont le long du Rhin et de la Meuse. Pour la premi\u00e8re fois depuis mes ann\u00e9es d\u2019\u00e9tudiant, j\u2019y ressentis frontalement les limites de mon pouvoir d\u2019achat. Le week-end, on entend B\u00e2le s\u2019enrichir en dormant. J\u2019y fus gentiment accueilli par un ami de Dustin \u2013 d\u2019une simplicit\u00e9 gentille et rustique, et d\u2019une qui\u00e8te excentricit\u00e9 toute helv\u00e9tique.<\/p>\n<p>D1: Alors partir. Faire du lointain l\u2019habitude, embrasser le d\u00e9part comme un mode de vie.<br \/>\nD2: Et prendre Venise, Saint-Georges-Majeur les ann\u00e9es impaires, comme point fixe.<br \/>\nD3: Chaque fois je m\u2019y trouve plus \u00e0 mon aise. J\u2019aime le calme des ruelles anonymes, appropri\u00e9es par les chats et vou\u00e9es au soleil. C\u2019est l\u00e0 que j\u2019ai attendu Rob, accroupi dans un coin d\u2019ombre.<\/p>\n<p>E1: Il me semble que si je revenais assez souvent, ou si je ne repartais plus, j\u2019aurais mes rep\u00e8res, je saurais quel rythme donner \u00e0 mes routines, et comment \u00e9viter la laideur bifrons du tourisme et du clich\u00e9.<br \/>\nE2: J\u2019ai d\u00e9couvert Lido. Ici aussi, la d\u00e9vastation moderne de l\u2019uniformit\u00e9 fait son \u0153uvre pour saper le r\u00eave, pour expulser les souvenirs que nous b\u00e2tissent d\u2019avance les romans.<br \/>\nE3: Mais dans les recoins subsistent, ici aussi, assez de lieux nostalgiques pour s\u2019\u00e9difier dans le pass\u00e9 quelques vies parall\u00e8les, et pour l&rsquo;avenir quelques r\u00e9miniscences pr\u00e9cieuses.<\/p>\n<p>F1: Par une folle vengeance des pulsions ou de l\u2019informatique, je n\u2019ai plus trace des escales suivantes. Aucune copie sur les ordinateurs ; j\u2019ai effac\u00e9 un \u00e0 un les clich\u00e9s sur la cam\u00e9ra sans me douter de rien, avec une nostalgie rapide, pour faire de la place \u00e0 d\u2019autres. La perte a l\u2019ampleur de ma propension \u00e0 l\u2019oubli. Qu\u2019avait-on vu encore \u00e0 la Biennale, o\u00f9 avait-on d\u00e9couvert un morceau de Venise moderne, qu\u2019admire-t-on d\u00e9j\u00e0 aux Frari que Rob avait tenu \u00e0 visiter? Et les enseignes dans les nuits d\u2019orage et de foule au campo Sta Marguerita\u00a0 Et de Trieste, ville \u00e0 quai, des immeubles autrichiens en pente sous la bora, des \u00e9glises byzantines, des grands ensembles fascistes du centre, des caf\u00e9s \u00e9l\u00e9gants en voie d\u2019extinction et de la charcuterie populaire, des traces litt\u00e9raires de Stuparich et Joyce, dans l\u2019ambiance pass\u00e9e et pinc\u00e9e? Et Miramar aussi, et\u00a0 la mignardise alpine et les esplanades brutalistes et le ch\u00e2teau propret de Ljubljana. Perdu tout \u00e7a, perdu comme le reste, et un peu plus encore. C\u2019est le moment o\u00f9 j\u2019ai cess\u00e9 de vouloir \u00eatre avec Rob, aussi.<br \/>\nF2: J&rsquo;ai par contre remis la main sur quelques photos du mariage en Provence de mon vieil ami Franck, un autre pr\u00e9cieux souvenir. Un beau moment, parce qu&rsquo;il avait \u00e9t\u00e9 pens\u00e9 de fond en comble, des lieux \u00e0 la musique. On s&rsquo;\u00e9tait bien amus\u00e9s avec Nadia, Fix, et quelques autres. Curiosit\u00e9, la soir\u00e9e s&rsquo;\u00e9tait tenue dans un beach club inverti de Ramatuelle jadis fr\u00e9quent\u00e9 par Michel Guy et Michou.<br \/>\nF3: Dans la m\u00eame veine, nous avions \u00e0 l&rsquo;initiative d&rsquo;Ivan essay\u00e9 de faire le tour des derniers lieux du gai (prononcer gueille) deuxi\u00e8me: mais le Vagabond et le C\u00e9sar venaient de fermer coup sur coup, emportant la poussi\u00e8re paillet\u00e9e du souvenir, tout un pass\u00e9 d\u00e9sormais introuvable de gastronomie p\u00e9d\u00e9e, d&rsquo;oeillades entendues et de gloussements froufroutants. Il restait encore le \u00abchampagne\u00bb surfactur\u00e9 de l&rsquo;Insolite, le dancing rikiki de la Champmesl\u00e9, et les clients de l&rsquo;Alexander&rsquo;s Bar pour ramener au temps d&rsquo;avant, celui de Le Luron, de Mourousi, d&rsquo;Emaer.<\/p>\n<p>G1: Au Nord. Les gens m\u2019ont plus, leur mine franche, leur robuste constitution, leur go\u00fbt sans d\u00e9tour du plaisir, leur proverbiale hospitalit\u00e9. Peut-\u00eatre le don de la vie errante est-il d\u2019apprendre \u00e0 se faire des amis partout, et g\u00e9n\u00e9ralement c\u2019est \u00e0 d\u2019autres m\u00e9t\u00e8ques que l\u2019on se lie ; mais \u00e0 Lille, des Lillois aussi m\u2019ont accueilli.<br \/>\nG2: N\u2019\u00e9tait sa mal\u00e9diction d\u2019\u00eatre, lui aussi, on the road, et m\u00eame limogeable \u00e0 vue (et puis \u00e0 la main de la x\u00e9nophobie d\u2019Etat), le m\u00e9tier appris sur place me plairait bien. Il r\u00e9pond \u00e0 plusieurs de mes lancinantes vell\u00e9it\u00e9s : me plonger dans la diagonale du vide, toucher du doigt mon utilit\u00e9 professionnelle, exercer l\u2019autorit\u00e9.<br \/>\nG3: Et puis mon chef, mes coll\u00e8gues \u00e9taient super, et parfois bien de gauche. Ca faisait du bien.<\/p>\n<p>H1: A la Toussaint, Fillette nous avait emmen\u00e9 dans sa campagne solognote. C&rsquo;\u00e9tait la belle saison de la chasse, de la p\u00e2tisserie domestique, de la paresse, des promenades en for\u00eat, des l\u00e9gumes de pot-au-feu, des brocantes et des histoires de fant\u00f4mes.<br \/>\nH2: Pour venir jusqu&rsquo;\u00e0 Romorantin-Lanthenay, j&rsquo;avais fait un changement \u00e0 Vierzon, ville qui r\u00e9veilla mon envie de diagonale du vide, comme une vertigineuse r\u00e9surgence de solitude, un vilain v\u0153u de voir la France profonde. Triste ville inanim\u00e9e et lointaine, ville en vain. T&rsquo;avais qu&rsquo;\u00e0 pas vouloir voir Vierzon.<br \/>\nH3: Dans la maison de famille, Fillette \u00e9voquait des anecdotes de bigamie chabrolienne entre l&rsquo;Aisne et le Cher, si l&rsquo;on peut dire. La demeure \u00e9voquait des partouzes giscardiennes, des surprise-parties modianesques, toute une vieille France suivant <em>La r\u00e8gle du jeu.<\/em><\/p>\n<p>I1: <em>Tout \u00e7a ne vaut pas un clair de lune \u00e0 Maubeuge. <\/em>Maubeuge, pour voir. Par une de ces erreurs nouvelles que permet la r\u00e9servation touristique en ligne, j&rsquo;ai \u00e9chou\u00e9 dans un h\u00f4tel aseptis\u00e9 le long d&rsquo;une nationale triste, que j&rsquo;ai long\u00e9e longuement pour trouver un gigantesque restaurant de couscous pas folichon.<br \/>\nI2: La rue d&rsquo;Hautmont est \u00e0 l&rsquo;abandon mais pas d\u00e9serte, d\u00e9fonc\u00e9e, rong\u00e9e de mauvaises herbes, ses services publics en lambeaux. Des hommes sont r\u00e9unis dans un estaminet sinistre, des gens sales tra\u00eenent le long de la chauss\u00e9e. Des animaux d\u00e9pressifs stagnent dans les cages du zoo, au bout de la rue. Les corons, le canal, les fortifications: ce serait peut-\u00eatre joli, sans la mis\u00e8re.<br \/>\nI3: C&rsquo;est comme \u00e0 Denain ou \u00e0 Dutemple, on a laiss\u00e9 les gens et les lieux l\u00e0, \u00e0 leur sort, \u00e0 pourrir lentement. Combien de temps peut-on oublier quelqu&rsquo;un, et une ville, sans qu&rsquo;ils se rappellent \u00e0 vous? Rarement j&rsquo;ai vu aussi nettement le quart-monde qu&rsquo;en cherchant la maison o\u00f9 a grandi ma grand-m\u00e8re.<\/p>\n<p>J1: A l\u2019invitation de Jon (ah! Jon\u2026), j\u2019ai rejoint Bilbao un week-end. Vieux projet. Bilbao : la jeunesse y est compacte et turbulente dans les rues, amicale et enivr\u00e9e, et navigue de lieu en bar, de danse traditionnelle en pogo punk. Bee-line pour les tapas et les calimoxos. C\u2019est l\u2019envers joyeux de Li\u00e8ge, o\u00f9 le populaire aurait repris ses droits, son folklore, son optimisme.<br \/>\nJ2: Il y avait pourtant, d\u00e9j\u00e0, l\u2019ombre d\u2019une angoisse, dont Bilbao a \u00e9t\u00e9 la fuite mais aussi l\u2019acc\u00e9l\u00e9rateur.<br \/>\nJ3: Peut-\u00eatre ai-je r\u00e9veill\u00e9 mes peurs de voyage r\u00e9currentes. Peut-\u00eatre que ma fragilit\u00e9 affective a \u00e9t\u00e9 touch\u00e9e, et balad\u00e9e, par le jeu de dandysme s\u00e9duisant (\u00e0 chapeau) et de distance <em>(auf Deutsch)<\/em> de Jon. L\u2019aller-retour entre l\u2019imp\u00e9ratif macho, le mutisme d\u2019un berger, l\u2019indiff\u00e9rence d\u2019un <em>nerd<\/em>.<\/p>\n<p>K1: Gare de Lyon, au retour d\u2019un week-end beaux-arts avec Matthieu DC. J\u2019ai not\u00e9, alors, que je ne comprenais m\u00eame plus les visages, que leur sens, leur possible beaut\u00e9 devenaient insaisissables.<br \/>\nK2: Il devenait n\u00e9cessaire d\u2019\u00e9lucider le paradoxe : est-ce l\u2019impossibilit\u00e9 g\u00e9ographique qui a cr\u00e9\u00e9 mon \u00e9loignement affectif de tout, ou est-ce la peur de la proximit\u00e9 qui a su, toujours, mettre de la distance?<br \/>\nK3: Tout m\u2019est devenu \u00e9touffant, les r\u00e9unions de famille comme la scolarit\u00e9, l\u2019on et l\u2019off de ma vie. Je ne crois pas que mon entourage l\u2019ai entendu, m\u00eame s\u2019il a r\u00e9agi, ensuite. J\u2019aurais pu tout envoyer pa\u00eetre, tous ces devoirs, et les autres, et moi ; mais je n\u2019en ai rien fait, car l\u2019apathie gagne toujours \u00e0 la fin, et le conformisme.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A1: Je n&rsquo;ai pas encore tout dit de Vienne. Mes parents m&rsquo;y avaient rendu visite. 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