{"id":371,"date":"2012-01-16T22:26:13","date_gmt":"2012-01-16T21:26:13","guid":{"rendered":"http:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/?p=371"},"modified":"2012-01-16T22:26:13","modified_gmt":"2012-01-16T21:26:13","slug":"dead-end","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/?p=371","title":{"rendered":"Dead end."},"content":{"rendered":"<p>Peut-\u00eatre que cela me fera du bien de purger mes sentiments sombres ici. Ce blog a le m\u00e9rite de n&rsquo;\u00eatre lu par personne, ou des amis dont l&rsquo;amiti\u00e9 s&rsquo;est faite suffisamment discr\u00e8te et intermittente pour me foutre compl\u00e9tement la paix.<\/p>\n<p>Vers la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, j&rsquo;ai ressenti un d\u00e9sarroi complet. La scolarit\u00e9 m&rsquo;a sembl\u00e9 d&rsquo;une absurdit\u00e9 \u00e9crasante, une sorte d&rsquo;immense contrainte d&rsquo;\u00e9cole primaire destin\u00e9e \u00e0 broyer notre originalit\u00e9 et notre volont\u00e9. La perspective de retourner \u00e0 Strasbourg pour me soumettre \u00e0 la mascarade de cours vides et d&rsquo;examens surveill\u00e9s de six heures m&rsquo;est devenue r\u00e9ellement insupportable. J&rsquo;ex\u00e8cre cette ville tellement froide et ennuyeuse qu&rsquo;elle glace le c\u0153ur, je vomis la mentalit\u00e9 de petits flics de l&rsquo;ENA qui en fait l&rsquo;authentique parangon de l&rsquo;enseignement fran\u00e7ais, je m&rsquo;\u00e9teins de devoir patienter encore un an loin de la vie, m\u00eame dans cette forme \u00e9touff\u00e9e et languide de la vie qu&rsquo;on appelle Paris. J&rsquo;ai plus que jamais l&rsquo;impression d&rsquo;avoir pass\u00e9 tout l&rsquo;\u00e2ge adulte \u00e0 retarder le vif du sujet, que je n&rsquo;en suis encore qu&rsquo;\u00e0 la <em>couturi\u00e8re <\/em>de mon existence. Jamais de responsabilit\u00e9s, ce qui semble le lot commun de ma g\u00e9n\u00e9ration et tout particuli\u00e8rement de ses <em>braves gar\u00e7ons<\/em> ; et toujours un agenda plein d&rsquo;obligations de famille ou d&rsquo;amiti\u00e9, vaguement entrecoup\u00e9es par les hoquets animaux de mon d\u00e9sir, de mon besoin d&rsquo;\u00eatre d\u00e9sir\u00e9. Une sorte de gigantesque exil loin de l&rsquo;action, du r\u00e9el, du neuf. L&rsquo;impression que l&rsquo;excellence dont chacun me barde (parents, amis, administration etc.) est une lamentable fiction de papier, une accumulation de dipl\u00f4mes inutiles et castrateurs, l&rsquo;exponentielle du mensonge qu&rsquo;on fait aux \u00ab\u00a0jeunes de banlieue\u00a0\u00bb en leur disant: \u00abavec de belles \u00e9tudes&#8230;\u00bb L&rsquo;impression de n&rsquo;avoir rien fait, ni pour les autres ni pour moi, rien de marquant, d&rsquo;original, de grand. La certitude d&rsquo;\u00eatre petit.<\/p>\n<p>Mes besoins sexuels se sont, sinon \u00e9vanouis, du moins \u00e9teints. La plupart des types me semblent laids, ou pour le moins leur beaut\u00e9 occasionnelle me para\u00eet une r\u00e9alit\u00e9 indiff\u00e9rente, impropre \u00e0 la consommation. Par habitude et besoin de chaleur, et par erreur il faut le dire, je suis all\u00e9 au bordel (Lille en a de tr\u00e8s bien, dans le genre). J&rsquo;y ai crois\u00e9 un gar\u00e7on qui avait un beau visage et devait \u00eatre aussi largu\u00e9 que moi. Il n&rsquo;a pas d\u00fb comprendre ce que j&rsquo;attendais de lui et je n&rsquo;ai pas, moi, bien saisi ce qu&rsquo;il disait. On se demandait sans cesse: \u00ab\u00e7a va?\u00bb, et c&rsquo;\u00e9tait loin de faire l&rsquo;\u00e9vidence. Il avait besoin de mon creux d&rsquo;\u00e9paule, et r\u00e9ciproquement. Il a peut-\u00eatre pens\u00e9 que j&rsquo;abusais de cette forme de fragilit\u00e9 et de tendresse qui sourdait de lui, pour arriver \u00e0 mes fins, mais cela n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 le cas parce que je n&rsquo;en avais pas. Il s&rsquo;appelait Kevin et venait de Wambrechies (et ceux qui pensent que c&rsquo;est ridicule, sont des salauds ou des imb\u00e9ciles).<\/p>\n<p>Je me suis r\u00e9volt\u00e9 contre ce Destin m\u00e9diocre et laid, ce dieu mauvais, ce dieu sourd, toute cette solitude et cette absurdit\u00e9. Un peu avant le Jour de l&rsquo;an, j&rsquo;ai discut\u00e9 sur internet avec un type am\u00e9ricain qui \u00e9tait, alors, \u00e0 Paris. Je crois que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 \u00e9poustoufl\u00e9 par lui, par son assurance de jetsetter, par son sourire et sa jeunesse, par son succ\u00e8s, par la beaut\u00e9 qu&rsquo;il a et qui est mon genre. Je me suis lanc\u00e9 l\u00e0-dedans, en fracassant bien volontiers en pens\u00e9e les cadres de mon existence actuelle &#8211; son encha\u00eenement \u00e0 Paris, \u00e0 l&rsquo;administration, \u00e0 l&rsquo;inertie qui m&#8217;empoisonne doucement. R\u00eaver une vie \u00e0 New York ou Los Angeles, former des hypoth\u00e8ses in\u00e9dites et grisantes, accomplir les gestes de s\u00e9duction les plus inou\u00efs et les plus insens\u00e9s, comme faire porter des fleurs \u00e0 un inconnu; tout cela m&rsquo;a plu, m&rsquo;a aid\u00e9 \u00e0 passer l&rsquo;ann\u00e9e, m&rsquo;a ouvert \u00e0 titre temporaire quelques pistes. Ce type s&rsquo;est pay\u00e9 de mots, \u00e0 mes frais, lan\u00e7ant la machine de mes songes avec tout l&rsquo;\u00e9go\u00efsme que suppose et qu&rsquo;implique la r\u00e9ussite, et l&rsquo;arr\u00eatant comme on met \u00e0 jour son statut Twitter, ce qui est aussi une fin; sinon j&rsquo;en serais toujours \u00e0 b\u00e2tir un sc\u00e9nario de couple \u00e9ternel outre-Atlantique.<\/p>\n<p>Je suis assez las; en quoi, comme la boue \u00e0 la chaussure, je colle \u00e0 mon \u00e9poque et \u00e0 mon pays, qui sont bien sevr\u00e9s d&rsquo;espoir et d&rsquo;\u00e9lan.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Peut-\u00eatre que cela me fera du bien de purger mes sentiments sombres ici. Ce blog a le m\u00e9rite de n&rsquo;\u00eatre lu par personne, ou des amis dont l&rsquo;amiti\u00e9 s&rsquo;est faite suffisamment discr\u00e8te et intermittente pour me foutre compl\u00e9tement la paix. Vers la fin de l&rsquo;ann\u00e9e, j&rsquo;ai ressenti un d\u00e9sarroi complet. 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