{"id":309,"date":"2011-04-27T17:04:54","date_gmt":"2011-04-27T16:04:54","guid":{"rendered":"http:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/?p=309"},"modified":"2011-04-27T17:04:54","modified_gmt":"2011-04-27T16:04:54","slug":"go-east","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/?p=309","title":{"rendered":"Go East"},"content":{"rendered":"<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Juste apr\u00e8s, j'ai eu le concours, finalement. Mais loin d'exulter, j'ai juste ressenti de l'incr\u00e9dulit\u00e9, tant j'\u00e9tais persuad\u00e9 de l'avoir \u00e0 nouveau rat\u00e9. Je n'ai, alors et maintenant, pas \u00e9prouv\u00e9 de joie, mais un l\u00e2che soulagement. \" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201103\/01.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Dans le succ\u00e8s comme jadis dans l'\u00e9chec, mes amis m'accompagn\u00e8rent. \" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201103\/02.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Le souvenir de notre conversation, d\u00e9j\u00e0, s'estompe. On faisait un r\u00e9sum\u00e9 des \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents (\u00aben votre absence...\u00bb), NippleLoki expliquait la pr\u00e9carit\u00e9 des enseignants.\" src=\"..\/..\/201103\/03.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Bien s\u00fbr, on vous rappelle tout de suite, quoique entre les lignes, que la r\u00e9ussite au concours n'est qu'une illusion d'optique. Derri\u00e8re l'exaltation r\u00e9publicaine et l'\u00e9ph\u00e9m\u00e8re coup de fouet pour la confiance en soi, on sent tr\u00e8s vite que le plus dur ne fait que commencer.\" src=\"..\/..\/201103\/07.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Emmanuel de Ngroung, guide asserment\u00e9 du Vieux-Paris, m'avait balad\u00e9 depuis les b\u00e9tons encore frais de la ZAC Rive Gauche, via les restos louches du Chinatown et les splendeurs seventies du 13e, jusqu'aux recoins charmants et Art D\u00e9co de Montsouris. Il connaissait chaque rue,  pas encore chaque immeuble.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201103\/08.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Il y aurait donc, \u00e0 l'est, du nouveau. Du nouveau tous les trois mois. Il me fallut prendre mon souffle, avant deux ans de pingpong g\u00e9ographique.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201103\/09.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Au Nouvel An, on avait pris du champ dans la gentilhommi\u00e8re de BoxingBoy. Elle \u00e9tait vaste et \u00e0 moiti\u00e9 \u00e0 l'abandon, luxueuse ici et d\u00e9catie l\u00e0, un peu hant\u00e9e, comme un revers de fortune.\" src=\"..\/..\/201103\/10.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Pendant que Maaxxx surveillait la situation sur le front de la e-drague ycaunaise, on cuisinait un cassoulet. C'\u00e9tait doux et rassurant comme de lancer un feu dans l'\u00e2tre.\" src=\"..\/..\/201103\/11.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Les Nippon \u00e9taient d\u00e9barqu\u00e9s tard avec le vin et l'air de Paris.\" src=\"..\/..\/201103\/12.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"En 2011, dans un d\u00eener d'adieux \u00e0 Paris, on criait plus fort que la table d'\u00e0 c\u00f4t\u00e9, on mangeait des cochonnailles.\" src=\"..\/..\/201103\/13.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"SophCo pr\u00e9disait sans cesse la retraite en bon ordre de son amourette, et sans cesse il semblait qu'elle d\u00fbt se prolonger encore.\" src=\"..\/..\/201103\/14.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Matthieu DC jouait les consultants en look pour Fran\u00e7ois B2. \u00abTu laisses mon mec et ses n\u0153uds de cravate tranquilles!\u00bb\" src=\"..\/..\/201103\/15.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Comme Budapest, Vienne flotte dans un costume trop grand pour elle. Avec l'hiver (Budapest aussi, je l'avais visit\u00e9e par grand froid), elle est par districts entiers comme d\u00e9sert\u00e9e. Diff\u00e9rence, dans mon souvenir Budapest est uniform\u00e9ment de la couleur dont se patinent les pierres et ne frappe que par la d\u00e9mesure des \u00e9tages et des boulevards, alors que Vienne parvient avec la m\u00eame bouffissure \u00e0 charmer l'\u0153il, peinte en cent nuances pastel improbables.\" src=\"..\/..\/201103\/34.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Vienne, nid d'espion o\u00f9 les avenues sont surtout solitaires, comme un d\u00e9cor de film noir \u00e0 la remise.  On se croirait dans Le Troisi\u00e8me Homme: la nuit tomb\u00e9e, le glas des \u00e9glises angoisse comme un pressentiment, et qui dans le noir rompt de son pas le silence, effraie. On se h\u00e2te sur les pav\u00e9s gluants de neige fondue. Du haut d'appartements gigantesques et lointains, on a soulev\u00e9 le coin d'un rideau pour observer.\" src=\"..\/..\/201103\/35.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Et vraiment, Vienne engloutit d'abord comme un Tanger continental, connecte en interzone louche, fait un rep\u00e8re pour les proscrits, les aigrefins et les taupes. Comme dans un roman de Pierre-Jean R\u00e9my, les rues de Vienne cachent de curieuses vieilles boutiques de livres anciens, qui sont peut-\u00eatre aussi une fa\u00e7ade pour d'autres trafics. Ces antiquariats poussi\u00e9reux, encombr\u00e9s, leurs couloirs plein \u00e0 ras bord de grimoires, semblent perp\u00e9tuellement ferm\u00e9s. Ils affichent les horaires d'ouverture born\u00e9s et tout th\u00e9oriques d'une \u00e9glise romaine.\" src=\"..\/..\/201103\/30.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Elle me semblait loin, l'utopie sociale-d\u00e9mocrate \u00e9voqu\u00e9e par Farkas, m\u00eame quand je longeais en rentrant chez moi le square \u00e9ponyme et les innombrables HLM municipales.\" src=\"..\/..\/201103\/36.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Toute une sociabilit\u00e9 de caf\u00e9 se r\u00e9v\u00e9lait, mitteleurop\u00e9enne par excellence. Les caf\u00e9s se faisaient tant\u00f4t salons de th\u00e9 pour dames de patronage gourmandes, tant\u00f4t foyers de la lassitude lounge, pour la jeunesse des dimanches affal\u00e9e sur les banquettes, se remontant \u00e0 coup de m\u00e9langes. Vienne h\u00e9sitait sans cesse entre petit Berlin et gros Wiesbaden.\" src=\"..\/..\/201103\/29.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Car il y a, derri\u00e8re la meringue immuable \u00e0 la Sissi Imp\u00e9ratrice, une autre ville, une capitale, certes  provinciale, mais jeune, sympathique, vivante et d\u00e9contract\u00e9e.\" src=\"..\/..\/201103\/28.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"La ville, prisonni\u00e8re de son pass\u00e9, ou simplement plus chanceuse que Paris, a conserv\u00e9 l'art de l'enseigne.\" src=\"..\/..\/201103\/31.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Il faudra d'ailleurs, mais une autre fois, d\u00e9tailler par le menu les caf\u00e9s viennois.\" src=\"..\/..\/201103\/32.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Ce n'est pas la ville de Freud pour rien. Il y a de la folie chez ces gens. Parfois, je me suis dit qu'ils sont frapp\u00e9s de cr\u00e9tinisme consanguin, alpin, et parfois j'y vois une neurasth\u00e9nie fin-de-si\u00e8cle qui les \u00e9puise de culture et de refoulement, un terrain fertile pour tous les f\u00e9tichismes.\" src=\"..\/..\/201103\/33.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"\u00abLes voyages ont ceci de merveilleux qu'ils vous font rencontrer des lieux inconnus qu'aussit\u00f4t vous fuyez plein d'effroi\u00bb. (Elfriede Jelinek, Lust)\" src=\"..\/..\/201103\/04.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Les mecs viennois. Puissants, rac\u00e9s, fiers mais b\u00eates, pr\u00eats \u00e0 la saillie et au petit trot, ils semblent des chevaux de course au rencard, destin\u00e9s \u00e0 la r\u00e9forme: toute cette belle \u00e9nergie, ces beaux muscles tendus vers rien. On dirait des atlantes au ch\u00f4mage, qui pourraient tout faire\u00a0: habitu\u00e9 SS du One-Two-Two, diabolique entrepreneur jeune premier chez \u00abDerrick\u00bb, champion de ski carnassier, patriarche \u00e0 Wolfsegg. Ils sont les rois du monde.\" src=\"..\/..\/201103\/05.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Alternativement, de gentilles gens de province, des HSH quadrag\u00e9naires, h\u00e9t\u00e9ros dans la vie, un peu ploucs, solidement b\u00e2tis, t\u00eates de chou, francs comme le pain et bons comme la messe du dimanche, comme une grasse matin\u00e9e\u00a0; beaucoup d'ironie \u00e0 leurs propres d\u00e9pens, qui les rend un peu excentriques. Red Bull versus B\u0153ufs roux.\" src=\"..\/..\/201103\/06.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Le Machin h\u00e9berg\u00e9 par \u00abLe Bidule\u00bb...\" src=\"..\/..\/201103\/16.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"...pour voir d'un peu plus pr\u00e8s la Carri\u00e8re \u00e0 laquelle je m'\u00e9tais, une fois ou une autre, destin\u00e9.\" src=\"..\/..\/201103\/17.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Parfois il me semblait que, dans le concert d'oriflammes hivernal sur la piazza, le drapeau de Saint-Christophe-et-Ni\u00e9v\u00e8s battait au vent plus fort que les autres.\" src=\"..\/..\/201103\/18.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Le doute affleurait.\" src=\"..\/..\/201103\/19.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Doute sur mon avenir professionnel, sur l'absence de choix qu'avait \u00e9t\u00e9 une vie toute de devoir, doute presque m\u00e9taphysique. \u00ab''J'\u00e9tais capable par moments, sans avoir \u00e0 faire le moindre effort, de voir au travers de la cr\u00e9ation qui n'\u00e9tait d'ailleurs elle-m\u00eame qu'un formidable \u00e9puisement. 'Par moments', dis-je'.'\u00bb (Thomas Bernard, Perturbation)\" src=\"..\/..\/201103\/20.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" title=\"Et \u00e0 Bruxelles aussi, dans le d\u00e9cor de plastique et d'amiante pour moi si beau des bureaucraties FrItaLux, je ne savais plus bien de quoi demain serait fait, ou devrait l'\u00eatre.\" src=\"..\/..\/201103\/21.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><\/p>\n<p>A1: Juste apr\u00e8s, j&rsquo;ai eu le concours, finalement. Mais loin d&rsquo;exulter, j&rsquo;ai juste ressenti de l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9, tant j&rsquo;\u00e9tais persuad\u00e9 de l&rsquo;avoir \u00e0 nouveau rat\u00e9. Je n&rsquo;ai, alors et maintenant, pas \u00e9prouv\u00e9 de joie, mais un l\u00e2che soulagement.<br \/>\nA2: Dans le succ\u00e8s comme jadis dans l&rsquo;\u00e9chec, mes amis m&rsquo;accompagn\u00e8rent.<br \/>\nA3: Le souvenir de notre conversation, d\u00e9j\u00e0, s&rsquo;estompe. On faisait un r\u00e9sum\u00e9 des \u00e9pisodes pr\u00e9c\u00e9dents (\u00aben votre absence&#8230;\u00bb), NippleLoki expliquait la pr\u00e9carit\u00e9 des enseignants.<br \/>\nB1: Bien s\u00fbr, on vous rappelle tout de suite, quoique entre les lignes, que la r\u00e9ussite au concours n&rsquo;est qu&rsquo;une illusion d&rsquo;optique. Derri\u00e8re l&rsquo;exaltation r\u00e9publicaine et l&rsquo;\u00e9ph\u00e9m\u00e8re coup de fouet pour la confiance en soi, on sent tr\u00e8s vite que le plus dur ne fait que commencer.<br \/>\nB2: Emmanuel de Ngroung, guide asserment\u00e9 du Vieux-Paris, m&rsquo;avait balad\u00e9 depuis les b\u00e9tons encore frais de la ZAC Rive Gauche, via les restos louches du Chinatown et les splendeurs seventies du 13e, jusqu&rsquo;aux recoins charmants et Art D\u00e9co de Montsouris. Il connaissait chaque rue,  pas encore chaque immeuble.<br \/>\nB3: Il y aurait donc, \u00e0 l&rsquo;est, du nouveau. Du nouveau tous les trois mois. Il me fallut prendre mon souffle, avant deux ans de pingpong g\u00e9ographique.<br \/>\nC1: Au Nouvel An, on avait pris du champ dans la gentilhommi\u00e8re de BoxingBoy. Elle \u00e9tait vaste et \u00e0 moiti\u00e9 \u00e0 l&rsquo;abandon, luxueuse ici et d\u00e9catie l\u00e0, un peu hant\u00e9e, comme un revers de fortune.<br \/>\nC2: Pendant que Maaxxx surveillait la situation sur le front de la e-drague ycaunaise, on cuisinait un cassoulet. C&rsquo;\u00e9tait doux et rassurant comme de lancer un feu dans l&rsquo;\u00e2tre.<br \/>\nC3: Les Nippon \u00e9taient d\u00e9barqu\u00e9s tard avec le vin et l&rsquo;air de Paris.<br \/>\nD1: En 2011, dans un d\u00eener d&rsquo;adieux \u00e0 Paris, on criait plus fort que la table d&rsquo;\u00e0 c\u00f4t\u00e9, on mangeait des cochonnailles.<br \/>\nD2: SophCo pr\u00e9disait sans cesse la retraite en bon ordre de son amourette, et sans cesse il semblait qu&rsquo;elle d\u00fbt se prolonger encore.<br \/>\nD3: Matthieu DC jouait les consultants en look pour Fran\u00e7ois B2. \u00abTu laisses mon mec et ses n\u0153uds de cravate tranquilles!\u00bb<br \/>\nE1: Comme Budapest, Vienne flotte dans un costume trop grand pour elle. Avec l&rsquo;hiver (Budapest aussi, je l&rsquo;avais visit\u00e9e par grand froid), elle est par districts entiers comme d\u00e9sert\u00e9e. Diff\u00e9rence, dans mon souvenir Budapest est uniform\u00e9ment de la couleur dont se patinent les pierres et ne frappe que par la d\u00e9mesure des \u00e9tages et des boulevards, alors que Vienne parvient avec la m\u00eame bouffissure \u00e0 charmer l&rsquo;\u0153il, peinte en cent nuances pastel improbables.<\/p>\n<p>E2: Vienne, nid d&rsquo;espion o\u00f9 les avenues sont surtout solitaires, comme un d\u00e9cor de film noir \u00e0 la remise.  On se croirait dans <em>Le Troisi\u00e8me Homme<\/em>: la nuit tomb\u00e9e, le glas des \u00e9glises angoisse comme un pressentiment, et qui dans le noir rompt de son pas le silence, effraie. On se h\u00e2te sur les pav\u00e9s gluants de neige fondue. Du haut d&rsquo;appartements gigantesques et lointains, on a soulev\u00e9 le coin d&rsquo;un rideau pour observer.<br \/>\nE3 : Et vraiment, Vienne engloutit d&rsquo;abord comme un Tanger continental, connecte en interzone louche, fait un rep\u00e8re pour les proscrits, les aigrefins et les taupes. Comme dans un roman de Pierre-Jean R\u00e9my, les rues de Vienne cachent de curieuses vieilles boutiques de livres anciens, qui sont peut-\u00eatre aussi une fa\u00e7ade pour d&rsquo;autres trafics. Ces antiquariats poussi\u00e9reux, encombr\u00e9s, leurs couloirs plein \u00e0 ras bord de grimoires, semblent perp\u00e9tuellement ferm\u00e9s. Ils affichent les horaires d&rsquo;ouverture born\u00e9s et tout th\u00e9oriques d&rsquo;une \u00e9glise romaine.<br \/>\nF1: Elle me semblait loin, l&rsquo;utopie sociale-d\u00e9mocrate \u00e9voqu\u00e9e par Farkas, m\u00eame quand je longeais en rentrant chez moi le square \u00e9ponyme et les innombrables HLM municipales.<br \/>\nF2: Toute une sociabilit\u00e9 de caf\u00e9 se r\u00e9v\u00e9lait, mitteleurop\u00e9enne par excellence. Les caf\u00e9s se faisaient tant\u00f4t salons de th\u00e9 pour dames de patronage gourmandes, tant\u00f4t foyers de la lassitude lounge, pour la jeunesse des dimanches affal\u00e9e sur les banquettes, se remontant \u00e0 coup de m\u00e9langes. Vienne h\u00e9sitait sans cesse entre petit Berlin et gros Wiesbaden.<br \/>\nF3: Car il y a, derri\u00e8re la meringue immuable \u00e0 la Sissi Imp\u00e9ratrice, une autre ville, une capitale, certes  provinciale, mais jeune, sympathique, vivante et d\u00e9contract\u00e9e.<br \/>\nG1: La ville, prisonni\u00e8re de son pass\u00e9, ou simplement plus chanceuse que Paris, a conserv\u00e9 l&rsquo;art de l&rsquo;enseigne.<br \/>\nG2: Il faudra d&rsquo;ailleurs, mais une autre fois, d\u00e9tailler par le menu les caf\u00e9s viennois.<br \/>\nG3: Ce n&rsquo;est pas la ville de Freud pour rien. Il y a de la folie chez ces gens. Parfois, je me suis dit qu&rsquo;ils sont frapp\u00e9s de cr\u00e9tinisme consanguin, alpin, et parfois j&rsquo;y vois une neurasth\u00e9nie fin-de-si\u00e8cle qui les \u00e9puise de culture et de refoulement, un terrain fertile pour tous les f\u00e9tichismes.<br \/>\nH1: \u00abLes voyages ont ceci de merveilleux qu&rsquo;ils vous font rencontrer des lieux inconnus qu&rsquo;aussit\u00f4t vous fuyez plein d&rsquo;effroi\u00bb. (Elfriede Jelinek, <em>Lust<\/em>)<br \/>\nH2: Les mecs viennois. Puissants, rac\u00e9s, fiers mais b\u00eates, pr\u00eats \u00e0 la saillie et au petit trot, ils semblent des chevaux de course au rencard, destin\u00e9s \u00e0 la r\u00e9forme: toute cette belle \u00e9nergie, ces beaux muscles tendus vers rien. On dirait des atlantes au ch\u00f4mage, qui pourraient tout faire\u00a0: habitu\u00e9 SS du One-Two-Two, diabolique entrepreneur jeune premier chez \u00abDerrick\u00bb, champion de ski carnassier, patriarche \u00e0 Wolfsegg. Ils sont les rois du monde.<br \/>\nH3: Alternativement, de gentilles gens de province, des HSH quadrag\u00e9naires, h\u00e9t\u00e9ros dans la vie, un peu ploucs, solidement b\u00e2tis, t\u00eates de chou, francs comme le pain et bons comme la messe du dimanche, comme une grasse matin\u00e9e\u00a0; beaucoup d&rsquo;ironie \u00e0 leurs propres d\u00e9pens, qui les rend un peu excentriques. Red Bull versus B\u0153ufs roux.<\/p>\n<p>I1: Le Machin h\u00e9berg\u00e9 par \u00abLe Bidule\u00bb&#8230;<br \/>\nI2: &#8230; pour voir d&rsquo;un peu plus pr\u00e8s la Carri\u00e8re \u00e0 laquelle je m&rsquo;\u00e9tais, une fois ou une autre, destin\u00e9.<br \/>\nI3: Parfois il me semblait que, dans le concert d&rsquo;oriflammes hivernal sur la piazza, le drapeau de Saint-Christophe-et-Ni\u00e9v\u00e8s battait au vent plus fort que les autres.<br \/>\nJ1: Le doute affleurait.<br \/>\nJ2: Doute sur mon avenir professionnel, sur l&rsquo;absence de choix qu&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 une vie toute de devoir, doute presque m\u00e9taphysique. \u00ab\u00a0\u00bbJ&rsquo;\u00e9tais capable par moments, sans avoir \u00e0 faire le moindre effort, de voir au travers de la cr\u00e9ation qui n&rsquo;\u00e9tait d&rsquo;ailleurs elle-m\u00eame qu&rsquo;un formidable \u00e9puisement. &lsquo;Par moments&rsquo;, dis-je&rsquo;.&rsquo;\u00bb (Thomas Bernard, <em>Perturbation<\/em>)<br \/>\nJ3: Et \u00e0 Bruxelles aussi, dans le d\u00e9cor de plastique et d&rsquo;amiante pour moi si beau des bureaucraties FrItaLux, je ne savais plus bien de quoi demain serait fait, ou devrait l&rsquo;\u00eatre.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>A1: Juste apr\u00e8s, j&rsquo;ai eu le concours, finalement. Mais loin d&rsquo;exulter, j&rsquo;ai juste ressenti de l&rsquo;incr\u00e9dulit\u00e9, tant j&rsquo;\u00e9tais persuad\u00e9 de l&rsquo;avoir \u00e0 nouveau rat\u00e9. Je n&rsquo;ai, alors et maintenant, pas \u00e9prouv\u00e9 de joie, mais un l\u00e2che soulagement. A2: Dans le succ\u00e8s comme jadis dans l&rsquo;\u00e9chec, mes amis m&rsquo;accompagn\u00e8rent. A3: Le souvenir de notre conversation, d\u00e9j\u00e0, [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[2],"tags":[16,33,37,60,78,91,131,146,160,169,189,258,280],"class_list":["post-309","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-general","tag-alex-nippon","tag-boxingboy","tag-bruxelles","tag-crame","tag-emmanuel-de-ngroung","tag-farkas","tag-jeremy-nippon","tag-lecole","tag-maaxxx","tag-matthieu-dc","tag-nippleloki","tag-sophco","tag-vienne"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/309","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=309"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/309\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=309"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=309"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=309"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}