{"id":308,"date":"2011-11-14T22:01:07","date_gmt":"2011-11-14T21:01:07","guid":{"rendered":"http:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/?p=308"},"modified":"2011-11-14T22:01:07","modified_gmt":"2011-11-14T21:01:07","slug":"melanges","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/www.freedonia.fr\/blogWP\/?p=308","title":{"rendered":"M\u00e9langes"},"content":{"rendered":"<p>\u2018\u2018Wie andere in den Park oder in den Wald, lief ich immer ins Kaffeehaus, um mich abzulenken und zu beruhigen, mein ganzes Leben.\u201d (Th.B).<br \/>\n(\u00abComme d\u2019autres dans le parc ou dans la for\u00eat, j\u2019ai toujours couru au caf\u00e9, pour me divertir et me calmer, toute ma vie\u00bb).<\/p>\n<p><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"A mon arriv\u00e9e, mon proprio m\u2019a envoy\u00e9 l\u00e0, au Pr\u00fcckel, muni d\u2019un \u00abc\u2019est l\u00e0 que les gens comme nous se rendent, les dimanches apr\u00e8s-midi\u00bb. Dans le d\u00e9cor doucement d\u00e9cati des seventies, enfonc\u00e9s dans les banquettes, la fin du dimanche s\u2019\u00e9tire interminablement pour les bobos r\u00eavant de branchitude est-berlinoise. Entre le grand cr\u00e8me et la p\u00e2tisserie, j\u2019ai su que tout irait bien.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/12.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Ritter r\u00e9sume le caf\u00e9 classique de quartier. Une d\u00e9coration sans charme, conservatrice, la carte et le service itou. C\u2019est le premier o\u00f9 l\u2019on tombe par hasard, mais il ne faut pas en rester l\u00e0. En bonne logique, un floril\u00e8ge commence par l\u00e0, car c\u2019est le lieu sans caract\u00e8re par excellence \u2013 donc l\u2019arch\u00e9type \u2013, dans l\u2019art\u00e8re la plus anodine, Mariahilferstrasse, o\u00f9 toute la banalit\u00e9 du commerce est r\u00e9unie. Ayant vu les chaises, les Schnitzel de Ritter, on a un point de comparaison.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/02.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"En \u00e9num\u00e9rant les caf\u00e9s envisageables, Farkas m\u2019avait \u00e9crit : \u00abet au Schwartzenberg, parce que tu n\u2019auras pas le choix\u00bb. Ce devrait \u00eatre le rep\u00e8re d\u2019en face, la cantine de D\u00e9partement GmbH, qui pourtant ne s\u2019y montre pas. Cal\u00e9 dans les fauteuils Art d\u00e9co, cadr\u00e9 par le service mit Schmeh, mais ensuqu\u00e9 au Salonbeuschel, on pourrait ne jamais repartir, et se croire viennois. Ce serait comme une digestion hasardeuse et interminable, observ\u00e9e avec gourme par des gar\u00e7ons de caf\u00e9 insolents quoique hors d\u2019\u00e2ge.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/18.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Comme dans un roman de Simenon, Korb n\u2019est fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019hiver que par des habitu\u00e9s sans histoire, dont m\u00eame l'excentricit\u00e9 ne vient qu'\u00e0 son heure. Seuls changements rep\u00e9rables d\u2019avec cette immuable banalit\u00e9 fifties : la couverture (pas le contenu) des menus, un et un seul des plafonniers, et les toilettes. Comme si toute innovation devait pouvoir \u00eatre r\u00e9versible. Bien cach\u00e9 au sous-sol, on a cr\u00e9\u00e9 un dancing tout neuf tout design, mais dont je n\u2019ai jamais d\u00e9termin\u00e9 les horaires d\u2019ouverture; \u00e0 Vienne on garde le pr\u00e9sent en r\u00e9serve et en lisi\u00e8re. Le service est pr\u00e9venant et confidentiel comme nulle part ailleurs, et amus\u00e9 comme toujours. Si j\u2019avais d\u00fb rester \u00e0 Vienne, c\u2019est ici que j\u2019aurais pos\u00e9 mon rond de serviette.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/11.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Comme beaucoup de salles viennoises, celle de Br\u00e4unerhof et trop haute et donne de l\u2019\u00e9cho, comme s\u2019en plaignait Thomas Bernhard. Mais le caf\u00e9 est isol\u00e9 de la rue et des temps par son rideau de dentelles, et des assauts du confort par des banquettes aussi raides que son service. Un gar\u00e7on tout droit sorti du 'Sceptre d\u2019Ottokar', des chaises et des porte-manteaux en quinconces, de la p\u00e9nombre \u00e0 toute heure, et un m\u00e9lange incongru de vieux Viennois, font l\u2019esprit du lieu, m\u00e9lange d\u2019amour impossible et de nostalgie rancuni\u00e8re. Le t\u00e9l\u00e9phone portable d\u2019un client, un ouvrier, sonne: le g\u00e9n\u00e9rique de Six Feet Under; est-il lui aussi croque-mort? Br\u00e4unerhof a le m\u00eame d\u00e9cor \u00e9lim\u00e9 de si\u00e8ges beiges et fleuris que le caf\u00e9 de l\u2019Archiduc, \u00e0 Bruxelles, mais avec l\u2019effet inverse. Il n\u2019est pas joyeusement r\u00e9tro, mais prisonnier du pass\u00e9. Pourquoi impose-t-il ces horaires impossibles, cette fermeture t\u00f4t le soir? Toujours l\u2019esprit de contradiction. Ici, le pr\u00e9sent est triste car le pass\u00e9 est criminel.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/14.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Alt Wien est le plus proche \u00e9quivalent viennois de De Muse \u00e0 Anvers. Il sait d\u2019o\u00f9 il vient, certes, mais pas au prix d\u2019o\u00f9 il en est. Ici, enfin, on est de plein pied dans la r\u00e9alit\u00e9, les discussions intelligentes, les beuveries amicales, la boh\u00e8me des artistes, le tourisme sans facilit\u00e9, et le spectacle de la vie.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/19.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Central est le plus \u00e9l\u00e9gant attrape-touriste, bas et scintillant et rempli comme un aquarium. Le vrai caf\u00e9 Central \u00e9tait ailleurs dans le m\u00eame b\u00e2timent; il devait d\u00e9j\u00e0 \u00eatre un peu tape-\u00e0-l\u2019\u0153il, m\u00eame s\u2019il a laiss\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage monnayable d\u2019un panth\u00e9on d\u2019intellectuels d\u00e9sargent\u00e9s. Tout de m\u00eame, niveau five o\u2019clock tea, les arcades n\u00e9o-Renaissance et les p\u00e2tisseries \u00e0 complications font la paire.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/07.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Les murs de ce Griendsteil n\u2019ont jamais veill\u00e9 sur les gloires litt\u00e9raires du Griensteidl du bon vieux temps. On a lament\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque sa disparition, un peu plus loin dans la m\u00eame rue. Le caf\u00e9 a donc le nom, et rien d\u2019autre. Il est fake, pr\u00e9tentieux et touristique, dans le genre haut de gamme. Il est en effet situ\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 de ce qu\u2019on fait de plus d\u00e9testable \u00e0 Vienne, le Disneyland de Sissi \u00e0 la Hofburg, et Raiffeisen la banque \u00e0 pedigree et \u00e0 casseroles. En face, Loden, fournisseur molletonn\u00e9 du conservatisme depuis des lustres.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/03.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"La g\u00e9om\u00e9trie de ses cr\u00e9ateurs reste efficace, et il y a une bonne blague au menu: le hamburger s'appelle Habsburger. Sinon, le Museum est trop lisse et poli pour avoir de la personnalit\u00e9. Les c\u00e9l\u00e8bres fant\u00f4mes sont laiss\u00e9s pour morts, mais restent rentables, sous la peinture trop fra\u00eeche.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/04.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Parfois, le caf\u00e9 devient une excuse excellente pour faire excursion dans un quartier obscur. Goldegg n\u2019est pas \u00e9loign\u00e9, il est juste un peu plus loin; qui se soucie de pousser si avant dans Argentinierstrasse? Le caf\u00e9 est inaccessible au changement, pas pour attirer les touristes mais sous l\u2019effet de cette affection pathologique de Vienne pour sa propre inertie (le pass\u00e9 et la lenteur). Caf\u00e9 sans histoire, Goldegg est hors du temps.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/15.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"De vouloir voir tous les caf\u00e9s de Vienne, j\u2019ai d\u00e9jeun\u00e9 un jour avec Matthieu DC \u00e0 Eiles, le caf\u00e9 derri\u00e8re le Rathaus. Le lieu manque d\u2019\u00e2me, de clients, fait son \u00e2ge mais ne marque pas les heures. La d\u00e9coration est assez laide mais la disposition magistrale, en angle aigu. On se croirait dans un casino de province, perp\u00e9tuellement hors saison.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/17.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Jelinek, encore un passage d\u00e9rob\u00e9 vers le pass\u00e9. En 1960, Jelinek a d\u00fb \u00eatre un caf\u00e9 branch\u00e9, un peu contestataire, dans un quartier alors entre deux eaux. C'est la quintessence d'une modernit\u00e9 d\u00e9fra\u00eechie, mais point d\u00e9su\u00e8te ou r\u00e9trograde. J\u2019aime beaucoup aux murs les tableaux abstraits, car chez Jelinek on collectionne le contemporain viennois (celui d\u2019hier).\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/08.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"On y p\u00e9n\u00e8tre par une ruelle introuvable, modianesque, \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e. Onze heures, il n\u2019y a plus personne (deux habitu\u00e9s, et nous), \u00e0 Spirito Santo. On croyait qu\u2019il y aurait des travelotes d\u00e9lirantes, des noctambules ivres, des rencontres improbables: rien. Tout est tellement ouat\u00e9 et vieux jeu ; le patron passe du classique; on dirait le confessionnal des invertis repentants.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/21.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Berg, un autre couloir du temps. La d\u00e9coration sobre mais d\u2019un autre temps, l\u2019homosexualit\u00e9 d\u2019un autre \u00e2ge, me renvoient en arri\u00e8re. C\u2019est 1986. Avec ma famille, nous sommes \u00e0 San Francisco. Je me retrouve avec ma m\u00e8re \u00e0 manger du yaourt glac\u00e9 dans un bar de North Beach, le quartier italien. Tables en m\u00e9tal. Aux murs, des photos de nus en noir et blanc, Mapplethorpe ou Ritts. Je suis fascin\u00e9 par le moment et l\u2019endroit, je voudrais \u00eatre adulte pour avoir acc\u00e8s \u00e0 ce qu\u2019ils promettent: un truc sexy, cool, qui n\u2019a pas de nom encore  pour moi.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/09.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Je n\u2019ai m\u00eame pas pens\u00e9 \u00e0 prendre de photo de Savoy, alors j\u2019ai vol\u00e9 celle-l\u00e0 sur internet et n\u2019ai cadr\u00e9 que le miroir (le plus grand de l\u2019Europe dit-on). Savoy n\u2019est pas sympathique ou sexy, seules les glaces y ont de la magie. On pense aux polissonneries fin-de-si\u00e8cle de g\u00e9n\u00e9rations d\u2019homosexuels. On songe que le lieu, de jour, sait accueillir incognito les touristes, les fl\u00e2neurs du march\u00e9 aux puces: c\u2019est la grande glace d\u2019une porte de placard.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/22.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Bond\u00e9, plein \u00e0 craquer de caisses de bi\u00e8re et de confiance en soi, Hawelka fait commerce d\u2019accueillir les intellectuels arriv\u00e9s. L\u2019atmosph\u00e8re est dense d\u2019\u00e9clats de voix et de fum\u00e9e de cigarette. Hawelka aussi a ses reliques de tradition \u00e0 exhiber et ses images pieuses \u00e0 vendre: la cr\u00eape aux petites heures de la nuit, la garde mont\u00e9e par son increvable patron-fondateur, les mille d\u00e9dicaces de prestige aux murs.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/13.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Chaque caf\u00e9 de Vienne est probablement hant\u00e9 par une vieille femme, la folle du logis qui est aussi le g\u00e9nie du lieu. Elle condense la client\u00e8le, lui tend un miroir grossissant. Chez Korb, c'est une liseuse de journal pleine de manies, pr\u00eate \u00e0 mordre la main du serveur \u2013 peut-\u00eatre est-elle Elfriede Jelinek. A la terrasse du Landtmann, caf\u00e9 de la bonne soci\u00e9t\u00e9, une dame tr\u00e8s bien, une coquette d\u2019un certain \u00e2ge, nous parlait de ses vacances \u00e0 Marbella et nous r\u00e9p\u00e9tait en boucle, \u00e0 SophCo et moi: \u00abLes Mercedes sont d'excellentes voitures. J'ai longtemps travaill\u00e9 dans le quartier, c'est pour \u00e7a que je viens souvent ici. Quel temps superbe, les arbres fruitiers ont fleuri devant chez moi\u00bb.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/05.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Dommayer est au caf\u00e9 ce que Sch\u00f6nbrunn est \u00e0 Vienne: une sortie dominicale un peu loin de tout, tr\u00e8s comme il faut, avec chichi. Tout snobisme dehors, le Caffeehaus affiche des vieux programmes d\u2019op\u00e9ra. Le lieu est guind\u00e9, vieux-jeu, et s\u00e9lect comme le Staatsoper: le conservatoire des dadames \u00e0 chienchiens et des touristes japonais. Il s\u2019est donc r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019endroit id\u00e9al pour prendre cong\u00e9 sans regret de Vienne.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/16.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><br \/>\n<img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"Mon premier quartier \u00e0 Vienne, un ex-faubourg populaire en voie de gentrification acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e voyait les bars branch\u00e9s pousser comme les boutiques bio-\u00e9quitables. Die Sch\u00f6ne Perle, Leopold!, O Bar Shabu,  autant de lofts pour bobos, \u00e9chou\u00e9s dans un quartier froid, cherchant le r\u00e9confort mutuel de leur bon go\u00fbt ironique et d\u2019un Aperol-Spritz.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/20.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"En d\u00e9m\u00e9nageant, je suis tomb\u00e9 en plein c\u0153ur du quartier le plus lanc\u00e9 de Vienne, d\u00e9bitant des litres d\u2019Aperol \u00e0 des kilom\u00e8tres de m\u00e8ches. On aurait pu croire qu\u2019Amy Winehouse vivrait toujours pour veiller de sa voix chaude sur ce petit monde vintage.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/10.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignnone\" title=\"J\u2019ai termin\u00e9 par l\u00e0 o\u00f9 la plupart commencent. Mais j\u2019appr\u00e9hendais d\u2019aller chez Sperl, que les guides d\u00e9crivent comme \u00able plus classique\u00bb et \u00abHitler y avait ses habitudes\u00bb. Le lieu est authentiquement beau et immuable, et m\u00eame assez sympathique avec le vieux billard, les suspensions de cuivre. Vienne ne laisse pas ses fant\u00f4mes la hanter et rares sont ceux qui les invoquent.\" src=\"http:\/\/www.freedonia.fr\/201105\/06.jpg\" alt=\"\" width=\"250\" height=\"250\" \/><\/p>\n<p>A1: A mon arriv\u00e9e, mon proprio m\u2019a envoy\u00e9 l\u00e0, au Pr\u00fcckel, muni d\u2019un \u00abc\u2019est l\u00e0 que les gens comme nous se rendent, les dimanches apr\u00e8s-midi\u00bb. Dans le d\u00e9cor doucement d\u00e9cati des seventies, enfonc\u00e9s dans les banquettes, la fin du dimanche s\u2019\u00e9tire interminablement pour les bobos r\u00eavant de branchitude est-berlinoise. Entre le grand cr\u00e8me et la p\u00e2tisserie, j\u2019ai su que tout irait bien.<\/p>\n<p>A2: Ritter  r\u00e9sume le caf\u00e9 classique de quartier. Une d\u00e9coration sans charme, conservatrice, la carte et le service itou. C\u2019est le premier o\u00f9 l\u2019on tombe par hasard, mais il ne faut pas en rester l\u00e0. En bonne logique, un floril\u00e8ge commence par l\u00e0, car c\u2019est le lieu sans caract\u00e8re par excellence \u2013 donc l\u2019arch\u00e9type \u2013, dans l\u2019art\u00e8re la plus anodine, Mariahilferstrasse, o\u00f9 toute la banalit\u00e9 du commerce est r\u00e9unie. Ayant vu les chaises, les Schnitzel de Ritter, on a un point de comparaison.<\/p>\n<p>A3: En \u00e9num\u00e9rant les caf\u00e9s envisageables, Farkas m\u2019avait \u00e9crit : \u00abet au Schwartzenberg, parce que tu n\u2019auras pas le choix\u00bb. Ce devrait \u00eatre le rep\u00e8re d\u2019en face, la cantine de D\u00e9partement GmbH, qui pourtant ne s\u2019y montre pas. Cal\u00e9 dans les fauteuils Art d\u00e9co, cadr\u00e9 par le service mit Schmeh, mais ensuqu\u00e9 au Salonbeuschel, on pourrait ne jamais repartir, et se croire viennois. Ce serait comme une digestion hasardeuse et interminable, observ\u00e9e avec gourme par des gar\u00e7ons de caf\u00e9 insolents quoique hors d\u2019\u00e2ge.<\/p>\n<p>B1: Comme dans un roman de Simenon, Korb n\u2019est fr\u00e9quent\u00e9 l\u2019hiver que par des habitu\u00e9s sans histoire, dont m\u00eame l&rsquo;excentricit\u00e9 ne vient qu&rsquo;\u00e0 son heure. Seuls changements rep\u00e9rables d\u2019avec cette immuable banalit\u00e9 fifties : la couverture (pas le contenu) des menus, un et un seul des plafonniers, et les toilettes. Comme si toute innovation devait pouvoir \u00eatre r\u00e9versible. Bien cach\u00e9 au sous-sol, on a cr\u00e9\u00e9 un dancing tout neuf tout design, mais dont je n\u2019ai jamais d\u00e9termin\u00e9 les horaires d\u2019ouverture; \u00e0 Vienne on garde le pr\u00e9sent en r\u00e9serve et en lisi\u00e8re. Le service est pr\u00e9venant et confidentiel comme nulle part ailleurs, et amus\u00e9 comme toujours. Si j\u2019avais d\u00fb rester \u00e0 Vienne, c\u2019est ici que j\u2019aurais pos\u00e9 mon rond de serviette.<\/p>\n<p>B2: Comme beaucoup de salles viennoises, celle de Br\u00e4unerhof et trop haute et donne de l\u2019\u00e9cho, comme s\u2019en plaignait Thomas Bernhard. Mais le caf\u00e9 est isol\u00e9 de la rue et des temps par son rideau de dentelles, et des assauts du confort par des banquettes aussi raides que son service. Un gar\u00e7on tout droit sorti du <em>Sceptre d\u2019Ottokar,<\/em> des chaises et des porte-manteaux en quinconces, de la p\u00e9nombre \u00e0 toute heure, et un m\u00e9lange incongru de vieux Viennois, font l\u2019esprit du lieu, m\u00e9lange d\u2019amour impossible et de nostalgie rancuni\u00e8re. Le t\u00e9l\u00e9phone portable d\u2019un client, un ouvrier, sonne: le g\u00e9n\u00e9rique de Six Feet Under; est-il lui aussi croque-mort?<br \/>\nBr\u00e4unerhof a le m\u00eame d\u00e9cor \u00e9lim\u00e9 de si\u00e8ges beiges et fleuris que le caf\u00e9 de l\u2019Archiduc, \u00e0 Bruxelles, mais avec l\u2019effet inverse. Il n\u2019est pas joyeusement r\u00e9tro, mais prisonnier du pass\u00e9. Pourquoi impose-t-il ces horaires impossibles, cette fermeture t\u00f4t le soir? Toujours l\u2019esprit de contradiction. Ici, le pr\u00e9sent est triste car le pass\u00e9 est criminel.<\/p>\n<p>B3: Alt Wien est le plus proche \u00e9quivalent viennois de De Muse \u00e0 Anvers. Il sait d\u2019o\u00f9 il vient, certes, mais pas au prix d\u2019o\u00f9 il en est. Ici, enfin, on est de plein pied dans la r\u00e9alit\u00e9, les discussions intelligentes, les beuveries amicales, la boh\u00e8me des artistes, le tourisme sans facilit\u00e9, et le spectacle de la vie.<\/p>\n<p>C1: Central est le plus \u00e9l\u00e9gant attrape-touriste, bas et scintillant et rempli comme un aquarium. Le vrai caf\u00e9 Central \u00e9tait ailleurs dans le m\u00eame b\u00e2timent; il devait d\u00e9j\u00e0 \u00eatre un peu tape-\u00e0-l\u2019\u0153il, m\u00eame s\u2019il a laiss\u00e9 l\u2019h\u00e9ritage monnayable d\u2019un panth\u00e9on d\u2019intellectuels d\u00e9sargent\u00e9s. Tout de m\u00eame, niveau <em>five o\u2019clock tea<\/em>, les arcades n\u00e9o-Renaissance et les p\u00e2tisseries \u00e0 complications font la paire.<\/p>\n<p>C2: Les murs de ce Griendsteil n\u2019ont jamais veill\u00e9 sur les gloires litt\u00e9raires du Griensteidl du bon vieux temps. On a lament\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9poque sa disparition, un peu plus loin dans la m\u00eame rue. Le caf\u00e9 a donc le nom, et rien d\u2019autre. Il est fake, pr\u00e9tentieux et touristique, dans le genre haut de gamme. Il est en effet situ\u00e9 \u00e0 proximit\u00e9 de ce qu\u2019on fait de plus d\u00e9testable \u00e0 Vienne, le Disneyland de Sissi \u00e0 la Hofburg, et Raiffeisen la banque \u00e0 pedigree et \u00e0 casseroles. En face, Loden, fournisseur molletonn\u00e9 du conservatisme depuis des lustres.<\/p>\n<p>C3: La g\u00e9om\u00e9trie de ses cr\u00e9ateurs reste efficace, et il y a une bonne blague au menu: le hamburger s&rsquo;appelle Habsburger. Sinon, le Museum est trop lisse et poli pour avoir de la personnalit\u00e9. Les c\u00e9l\u00e8bres fant\u00f4mes sont laiss\u00e9s pour morts, mais restent rentables, sous la peinture trop fra\u00eeche.<\/p>\n<p>D1: Parfois, le caf\u00e9 devient une excuse excellente pour faire excursion dans un quartier obscur. Goldegg n\u2019est pas \u00e9loign\u00e9, il est juste un peu plus loin; qui se soucie de pousser si avant dans Argentinierstrasse? Le caf\u00e9 est inaccessible au changement, pas pour attirer les touristes mais sous l\u2019effet de cette affection pathologique de Vienne pour sa propre inertie (le pass\u00e9 et la lenteur). Caf\u00e9 sans histoire, Goldegg est hors du temps.<\/p>\n<p>D2: De vouloir voir tous les caf\u00e9s de Vienne, j\u2019ai d\u00e9jeun\u00e9 un jour avec Matthieu DC \u00e0 Eiles, le caf\u00e9 derri\u00e8re le Rathaus. Le lieu manque d\u2019\u00e2me, de clients, fait son \u00e2ge mais ne marque pas les heures. La d\u00e9coration est assez laide mais la disposition magistrale, en angle aigu. On se croirait dans un casino de province, perp\u00e9tuellement hors saison.<\/p>\n<p>D3: Jelinek , encore un passage d\u00e9rob\u00e9 vers le pass\u00e9. En 1960, Jelinek a d\u00fb \u00eatre un caf\u00e9 branch\u00e9, un peu contestataire, dans un quartier alors entre deux eaux. C&rsquo;est la quintessence d&rsquo;une modernit\u00e9 d\u00e9fra\u00eechie, mais point d\u00e9su\u00e8te ou r\u00e9trograde. J\u2019aime beaucoup aux murs les tableaux abstraits, car chez Jelinek on collectionne le contemporain viennois (celui d\u2019hier).<\/p>\n<p>E1: On y p\u00e9n\u00e8tre par une ruelle introuvable, modianesque, \u00e0 la d\u00e9rob\u00e9e. Onze heures, il n\u2019y a plus personne (deux habitu\u00e9s, et nous), \u00e0 Spirito Santo. On croyait qu\u2019il y aurait des travelotes d\u00e9lirantes, des noctambules ivres, des rencontres improbables: rien. Tout est tellement ouat\u00e9 et vieux jeu ; le patron passe du classique; on dirait le confessionnal des invertis repentants.<\/p>\n<p>E2: Berg, un autre couloir du temps. La d\u00e9coration sobre mais d\u2019un autre temps, l\u2019homosexualit\u00e9 d\u2019un autre \u00e2ge, me renvoient en arri\u00e8re. C\u2019est 1986. Avec ma famille, nous sommes \u00e0 San Francisco. Je me retrouve avec ma m\u00e8re \u00e0 manger du yaourt glac\u00e9 dans un bar de North Beach, le quartier italien. Tables en m\u00e9tal. Aux murs, des photos de nus en noir et blanc, Mapplethorpe ou Ritts. Je suis fascin\u00e9 par le moment et l\u2019endroit, je voudrais \u00eatre adulte pour avoir acc\u00e8s \u00e0 ce qu\u2019ils promettent: un truc sexy, cool, qui n\u2019a pas de nom encore  pour moi.<\/p>\n<p>E3: Je n\u2019ai m\u00eame pas pens\u00e9 \u00e0 prendre de photo de Savoy, alors j\u2019ai vol\u00e9 celle-l\u00e0 sur internet et n\u2019ai cadr\u00e9 que le miroir (le plus grand de l\u2019Europe dit-on). Savoy n\u2019est pas sympathique ou sexy, seules les glaces y ont de la magie. On pense aux polissonneries fin-de-si\u00e8cle de g\u00e9n\u00e9rations d\u2019homosexuels. On songe que le lieu, de jour, sait accueillir incognito les touristes, les fl\u00e2neurs du march\u00e9 aux puces: c\u2019est la grande glace d\u2019une porte de placard.<\/p>\n<p>F1: Bond\u00e9, plein \u00e0 craquer de caisses de bi\u00e8re et de confiance en soi, Hawelka fait commerce d\u2019accueillir les intellectuels arriv\u00e9s. L\u2019atmosph\u00e8re est dense d\u2019\u00e9clats de voix et de fum\u00e9e de cigarette. Hawelka aussi a ses reliques de tradition \u00e0 exhiber et ses images pieuses \u00e0 vendre: la cr\u00eape aux petites heures de la nuit, la garde mont\u00e9e par son increvable patron-fondateur, les mille d\u00e9dicaces de prestige aux murs.<\/p>\n<p>F2: Chaque caf\u00e9 de Vienne est probablement hant\u00e9 par une vieille femme, la folle du logis qui est aussi le g\u00e9nie du lieu. Elle condense la client\u00e8le, lui tend un miroir grossissant. Chez Korb, c&rsquo;est une liseuse de journal pleine de manies, pr\u00eate \u00e0 mordre la main du serveur \u2013 peut-\u00eatre est-elle Elfriede Jelinek. A la terrasse du Landtmann, caf\u00e9 de la bonne soci\u00e9t\u00e9, une dame tr\u00e8s bien, une coquette d\u2019un certain \u00e2ge, nous parlait de ses vacances \u00e0 Marbella et nous r\u00e9p\u00e9tait en boucle, \u00e0 SophCo et moi: \u00abLes Mercedes sont d&rsquo;excellentes voitures. J&rsquo;ai longtemps travaill\u00e9 dans le quartier, c&rsquo;est pour \u00e7a que je viens souvent ici. Quel temps superbe, les arbres fruitiers ont fleuri devant chez moi\u00bb.<\/p>\n<p>F3: Dommayer est au caf\u00e9 ce que Sch\u00f6nbrunn est \u00e0 Vienne: une sortie dominicale un peu loin de tout, tr\u00e8s comme il faut, avec chichi. Tout snobisme dehors, le Caffeehaus affiche des vieux programmes d\u2019op\u00e9ra. Le lieu est guind\u00e9, vieux-jeu, et s\u00e9lect comme le Staatsoper: le conservatoire des dadames \u00e0 chienchiens et des touristes japonais. Il s\u2019est donc r\u00e9v\u00e9l\u00e9 l\u2019endroit id\u00e9al pour prendre cong\u00e9 sans regret de Vienne.<\/p>\n<p>G1: Mon premier quartier \u00e0 Vienne, un ex-faubourg populaire en voie de gentrification acc\u00e9l\u00e9r\u00e9e voyait les bars branch\u00e9s pousser comme les boutiques bio-\u00e9quitables. Die Sch\u00f6ne Perle, Leopold!, O Bar Shabu,  autant de lofts pour bobos, \u00e9chou\u00e9s dans un quartier froid, cherchant le r\u00e9confort mutuel de leur bon go\u00fbt ironique et d\u2019un Aperol-Spritz.<\/p>\n<p>G2: En d\u00e9m\u00e9nageant, je suis tomb\u00e9 en plein c\u0153ur du quartier le plus lanc\u00e9 de Vienne, d\u00e9bitant des litres d\u2019Aperol \u00e0 des kilom\u00e8tres de m\u00e8ches. On aurait pu croire qu\u2019Amy Winehouse vivrait toujours pour veiller de sa voix chaude sur ce petit monde vintage.<\/p>\n<p>G3: J\u2019ai termin\u00e9 par l\u00e0 o\u00f9 la plupart commencent. Mais j\u2019appr\u00e9hendais d\u2019aller chez Sperl, que les guides d\u00e9crivent comme \u00able plus classique\u00bb et \u00abHitler y avait ses habitudes\u00bb. Le lieu est authentiquement beau et immuable, et m\u00eame assez sympathique avec le vieux billard, les suspensions de cuivre. Vienne ne laisse pas ses fant\u00f4mes la hanter et rares sont ceux qui les invoquent.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u2018\u2018Wie andere in den Park oder in den Wald, lief ich immer ins Kaffeehaus, um mich abzulenken und zu beruhigen, mein ganzes Leben.\u201d (Th.B). (\u00abComme d\u2019autres dans le parc ou dans la for\u00eat, j\u2019ai toujours couru au caf\u00e9, pour me divertir et me calmer, toute ma vie\u00bb). 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