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	<title>Freedonia &#187; Rob</title>
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		<title>Session de rattrapage (2011)</title>
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		<pubDate>Tue, 16 Apr 2013 20:58:10 +0000</pubDate>
		<dc:creator>PatCo</dc:creator>
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A1: Je n&#8217;ai pas encore tout dit de Vienne. Mes parents m&#8217;y avaient rendu visite.
A2: Rétrospectivement, on doit pouvoir faire remonter là l&#8217;impression de notre incapacité définitive à changer, du moins les uns pour les autres: on reste le prisonnier d&#8217;un caractère trop entier, ou trop pudique, de malheurs qu&#8217;on garderait toujours sans les surmonter [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img class="alignnone" title="Je n'ai pas encore tout dit de Vienne. Mes parents m'y avaient rendu visite." src="http://www.freedonia.fr/201111/02.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Rétrospectivement, on doit pouvoir faire remonter là l'impression de notre incapacité définitive à changer, du moins les uns pour les autres: on reste le prisonnier d'un caractère trop entier, ou trop pudique, de malheurs qu'on garderait toujours sans les surmonter ni les partager. Dans une famille, on ne s'écoute jamais vraiment." src="http://www.freedonia.fr/201111/03.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Chez Trzesniewski, ma grand-mère et Thérèse, dans un mimétisme warholien des looks. Elles avaient voulu tout voir de Vienne, en deux jours: Mozart, Schönbrunn, les cafés, le marché, la Sécession, les grands magasins. Pourtant leur âge s'était, chose inédite, rappelé à elles au moment de repartir: «c'était crevant.»" src="http://www.freedonia.fr/201111/05.jpg" alt="" width="250" height="250" /><br />
<img class="alignnone" title="Heureusement que mes amis ne m'ont pas laissé tomber. Amis volages dans leurs passions, ogres gourmets et omnivores: «Budapest c'est trop bien» et «je vais passer un été à Lisbonne.»" src="http://www.freedonia.fr/201111/01.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Amis des antipodes aux lucides énormités: «ces jeunes m'épuisent.»" src="http://www.freedonia.fr/201111/06.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Amis courageux, mine de rien." src="http://www.freedonia.fr/201111/04.jpg" alt="" width="250" height="250" /><br />
<img class="alignnone" title="De retour à Stras-,  la tare professionnelle de mon absence de charisme m’explosa à la gueule, et la sottise infantilisante, stérile et traditionaliste de l’Ecole. J’enrageais de ces contraintes, et pourtant je succombais au stress des injonctions contradictoires et de la course au bon point. L’ennui choucrouté de la ville ne faisait rien à l’affaire." src="http://www.freedonia.fr/201111/09.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="J’alternais du reflux d’ambition à l’angoisse scolaire, à l’indifférence heureuse hantée par la mauvaise conscience. Heureusement que je côtoyais Aymeric, Pascale, Virginie, et quelques autres, vrais amis, ancrés dans la vie, ranimant ma foi aussi dans l’Etat. " src="http://www.freedonia.fr/201111/08.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="L’été, un rapide aller-retour à Bâle, une ville proprette et charmante, prospère, d’une élégance de roman courtois, comme elles le sont le long du Rhin et de la Meuse. Pour la première fois depuis mes années d’étudiant, j’y ressentis frontalement les limites de mon pouvoir d’achat. Le week-end, on entend Bâle s’enrichir en dormant. J’y fus gentiment accueilli par un ami de Dustin – d’une simplicité gentille et rustique, et d’une quiète excentricité toute helvétique." src="http://www.freedonia.fr/201111/10.jpg" alt="" width="250" height="250" /><br />
<img class="alignnone" title="Alors partir. Faire du lointain l’habitude, embrasser le départ comme un mode de vie." src="http://www.freedonia.fr/201111/13.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Et prendre Venise, Saint-Georges-Majeur les années impaires, comme point fixe." src="http://www.freedonia.fr/201111/14.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Chaque fois je m’y trouve plus à mon aise. J’aime le calme des ruelles anonymes, appropriées par les chats et vouées au soleil. C’est là que j’ai attendu Rob, accroupi dans un coin d’ombre." src="http://www.freedonia.fr/201111/15.jpg" alt="" width="250" height="250" /><br />
<img class="alignnone" title="Il me semble que si je revenais assez souvent, ou si je ne repartais plus, j’aurais mes repères, je saurais quel rythme donner à mes routines, et comment éviter la laideur bifrons du tourisme et du cliché." src="http://www.freedonia.fr/201111/16.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="J’ai découvert Lido. Ici aussi, la dévastation moderne de l’uniformité fait son œuvre pour saper le rêve, pour expulser les souvenirs que nous bâtissent d’avance les romans." src="http://www.freedonia.fr/201111/17.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Mais dans les recoins subsistent, ici aussi, assez de lieux nostalgiques pour s’édifier dans le passé quelques vies parallèles, et pour l'avenir quelques réminiscences précieuses." src="http://www.freedonia.fr/201111/26.jpg" alt="" width="250" height="250" /><br />
<img class="alignnone" title="Par une folle vengeance des pulsions ou de l’informatique, je n’ai plus trace des escales suivantes. Aucune copie sur les ordinateurs ; j’ai effacé un à un les clichés sur la caméra sans me douter de rien, avec une nostalgie rapide, pour faire de la place à d’autres. La perte a l’ampleur de ma propension à l’oubli. Qu’avait-on vu encore à la Biennale, où avait-on découvert un morceau de Venise moderne, qu’admire-t-on déjà aux Frari que Rob avait tenu à visiter? Et les enseignes dans les nuits d’orage et de foule au campo Sta Marguerita?  Et de Trieste, ville à quai, des immeubles autrichiens en pente sous la bora, des églises byzantines, des grands ensembles fascistes du centre, des cafés élégants en voie d’extinction et de la charcuterie populaire, des traces littéraires de Stuparich et Joyce, dans l’ambiance passée et pincée? Et Miramar aussi, et  la mignardise alpine et les esplanades brutalistes et le château propret de Ljubljana. Perdu tout ça, perdu comme le reste, et un peu plus encore. C’est le moment où j’ai cessé de vouloir être avec Rob, aussi." src="http://www.freedonia.fr/201111/27.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="J'ai par contre remis la main sur quelques photos du mariage en Provence de mon vieil ami Franck, un autre précieux souvenir. Un beau moment, parce qu'il avait été pensé de fond en comble, des lieux à la musique. On s'était bien amusés avec Nadia, Fix, et quelques autres. Curiosité, la soirée s'était tenue dans un beach club inverti de Ramatuelle jadis fréquenté par Michel Guy et Michou." src="http://www.freedonia.fr/201111/28.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Dans la même veine, nous avions à l'initiative d'Ivan essayé de faire le tour des derniers lieux du gai (prononcer gueille) deuxième: mais le Vagabond et le César venaient de fermer coup sur coup, emportant la poussière pailletée du souvenir, tout un passé désormais introuvable de gastronomie pédée, d'oeillades entendues et de gloussements froufroutants. Il restait encore le «champagne» surfacturé de l'Insolite, le dancing rikiki de la Champmeslé, et les clients de l'Alexander's Bar pour ramener au temps d'avant, celui de Le Luron, de Mourousi, d'Emaer." src="http://www.freedonia.fr/201111/18.jpg" alt="" width="250" height="250" /><br />
<img class="alignnone" title="Au Nord. Les gens m’ont plus, leur mine franche, leur robuste constitution, leur goût sans détour du plaisir, leur proverbiale hospitalité. Peut-être le don de la vie errante est-il d’apprendre à se faire des amis partout, et généralement c’est à d’autres métèques que l’on se lie ; mais à Lille, des Lillois aussi m’ont accueilli." src="http://www.freedonia.fr/201111/25.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="N’était sa malédiction d’être, lui aussi, on the road, et même limogeable à vue (et puis à la main de la xénophobie d’Etat), le métier appris sur place me plairait bien. Il répond à plusieurs de mes lancinantes velléités : me plonger dans la diagonale du vide, toucher du doigt mon utilité professionnelle, exercer l’autorité." src="http://www.freedonia.fr/201111/31.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Et puis mon chef, mes collègues étaient super, et parfois bien de gauche. Ca faisait du bien." src="http://www.freedonia.fr/201111/30.jpg" alt="" width="250" height="250" /><br />
<img class="alignnone" title="A la Toussaint, Fillette nous avait emmené dans sa campagne solognote. C'était la belle saison de la chasse, de la pâtisserie domestique, de la paresse, des promenades en forêt, des légumes de pot-au-feu, des brocantes et des histoires de fantômes." src="http://www.freedonia.fr/201111/19.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Pour venir jusqu'à Romorantin-Lanthenay, j'avais fait un changement à Vierzon, ville qui réveilla mon envie de diagonale du vide, comme une vertigineuse résurgence de solitude, un vilain vœu de voir la France profonde. Triste ville inanimée et lointaine, ville en vain. T'avais qu'à pas vouloir voir Vierzon." src="http://www.freedonia.fr/201111/20.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Dans la maison de famille, Fillette évoquait des anecdotes de bigamie chabrolienne entre l'Aisne et le Cher, si l'on peut dire. La demeure évoquait des partouzes giscardiennes, des surprise-parties modianesques, toute une vieille France suivant La règle du jeu." src="http://www.freedonia.fr/201111/21.jpg" alt="" width="250" height="250" /><br />
<img class="alignnone" title="Tout ça ne vaut pas un clair de lune à Maubeuge. Maubeuge, pour voir. Par une de ces erreurs nouvelles que permet la réservation touristique en ligne, j'ai échoué dans un hôtel aseptisé le long d'une nationale triste, que j'ai longée longuement pour trouver un gigantesque restaurant de couscous pas folichon." src="http://www.freedonia.fr/201111/22.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="La rue d'Hautmont est à l'abandon mais pas déserte, défoncée, rongée de mauvaises herbes, ses services publics en lambeaux. Des hommes sont réunis dans un estaminet sinistre, des gens sales traînent le long de la chaussée. Des animaux dépressifs stagnent dans les cages du zoo, au bout de la rue. Les corons, le canal, les fortifications: ce serait peut-être joli, sans la misère." src="http://www.freedonia.fr/201111/23.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="C'est comme à Denain ou à Dutemple, on a laissé les gens et les lieux là, à leur sort, à pourrir lentement. Combien de temps peut-on oublier quelqu'un, et une ville, sans qu'ils se rappellent à vous? Rarement j'ai vu aussi nettement le quart-monde qu'en cherchant la maison où a grandi ma grand-mère." src="http://www.freedonia.fr/201111/24.jpg" alt="" width="250" height="250" /><br />
<img class="alignnone" title="A l’invitation de Jon (ah! Jon…), j’ai rejoint Bilbao un week-end. Vieux projet. Bilbao : la jeunesse y est compacte et turbulente dans les rues, amicale et enivrée, et navigue de lieu en bar, de danse traditionnelle en pogo punk. Bee-line pour les tapas et les calimoxos. C’est l’envers joyeux de Liège, où le populaire aurait repris ses droits, son folklore, son optimisme." src="http://www.freedonia.fr/201111/34.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Il y avait pourtant, déjà, l’ombre d’une angoisse, dont Bilbao a été la fuite mais aussi l’accélérateur." src="http://www.freedonia.fr/201111/35.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Peut-être ai-je réveillé mes peurs de voyage récurrentes. Peut-être que ma fragilité affective a été touchée, et baladée, par le jeu de dandysme séduisant (à chapeau) et de distance (auf Deutsch) de Jon. L’aller-retour entre l’impératif macho, le mutisme d’un berger, l’indifférence d’un nerd." src="http://www.freedonia.fr/201111/36.jpg" alt="" width="250" height="250" /><br />
<img class="alignnone" title="Gare de Lyon, au retour d’un week-end beaux-arts avec Matthieu DC. J’ai noté, alors, que je ne comprenais même plus les visages, que leur sens, leur possible beauté devenaient insaisissables." src="http://www.freedonia.fr/201111/29.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Il devenait nécessaire d’élucider le paradoxe : est-ce l’impossibilité géographique qui a créé mon éloignement affectif de tout, ou est-ce la peur de la proximité qui a su, toujours, mettre de la distance?" src="http://www.freedonia.fr/201111/37.jpg" alt="" width="250" height="250" /><img class="alignnone" title="Tout m’est devenu étouffant, les réunions de famille comme la scolarité, l’on et l’off de ma vie. Je ne crois pas que mon entourage l’ai entendu, même s’il a réagi, ensuite. J’aurais pu tout envoyer paître, tous ces devoirs, et les autres, et moi ; mais je n’en ai rien fait, car l’apathie gagne toujours à la fin, et le conformisme." src="http://www.freedonia.fr/201111/38.jpg" alt="" width="250" height="250" /></p>
<p>A1: Je n&#8217;ai pas encore tout dit de Vienne. Mes parents m&#8217;y avaient rendu visite.<br />
A2: Rétrospectivement, on doit pouvoir faire remonter là l&#8217;impression de notre incapacité définitive à changer, du moins les uns pour les autres: on reste le prisonnier d&#8217;un caractère trop entier, ou trop pudique, de malheurs qu&#8217;on garderait toujours sans les surmonter ni les partager. Dans une famille, on ne s&#8217;écoute jamais vraiment.<br />
A3: Chez Trzesniewski, ma grand-mère et Thérèse, dans un mimétisme warholien des looks. Elles avaient voulu tout voir de Vienne, en deux jours: Mozart, Schönbrunn, les cafés, le marché, la Sécession, les grands magasins. Pourtant leur âge s&#8217;était, chose inédite, rappelé à elles au moment de repartir: «c&#8217;était crevant.»</p>
<p>B1: Heureusement que mes amis ne m&#8217;ont pas laissé tomber. Amis volages dans leurs passions, ogres gourmets et omnivores: «Budapest c&#8217;est trop bien» et «je vais passer un été à Lisbonne.»<br />
B2: Amis des antipodes aux lucides énormités: «ces jeunes m&#8217;épuisent.»<br />
B3: Amis courageux, mine de rien.</p>
<p>C1: De retour à Stras-,  la tare professionnelle de mon absence de charisme m’explosa à la gueule, et la sottise infantilisante, stérile et traditionaliste de l’Ecole. J’enrageais de ces contraintes, et pourtant je succombais au stress des injonctions contradictoires et de la course au bon point. L’ennui choucrouté de la ville ne faisait rien à l’affaire.<br />
C2: J’alternais du reflux d’ambition à l’angoisse scolaire, à l’indifférence heureuse hantée par la mauvaise conscience. Heureusement que je côtoyais Aymeric, Pascale, Virginie, et quelques autres, vrais amis, ancrés dans la vie, ranimant ma foi aussi dans l’Etat.<br />
C3: L’été, un rapide aller-retour à Bâle, une ville proprette et charmante, prospère, d’une élégance de roman courtois, comme elles le sont le long du Rhin et de la Meuse. Pour la première fois depuis mes années d’étudiant, j’y ressentis frontalement les limites de mon pouvoir d’achat. Le week-end, on entend Bâle s’enrichir en dormant. J’y fus gentiment accueilli par un ami de Dustin – d’une simplicité gentille et rustique, et d’une quiète excentricité toute helvétique.</p>
<p>D1: Alors partir. Faire du lointain l’habitude, embrasser le départ comme un mode de vie.<br />
D2: Et prendre Venise, Saint-Georges-Majeur les années impaires, comme point fixe.<br />
D3: Chaque fois je m’y trouve plus à mon aise. J’aime le calme des ruelles anonymes, appropriées par les chats et vouées au soleil. C’est là que j’ai attendu Rob, accroupi dans un coin d’ombre.</p>
<p>E1: Il me semble que si je revenais assez souvent, ou si je ne repartais plus, j’aurais mes repères, je saurais quel rythme donner à mes routines, et comment éviter la laideur bifrons du tourisme et du cliché.<br />
E2: J’ai découvert Lido. Ici aussi, la dévastation moderne de l’uniformité fait son œuvre pour saper le rêve, pour expulser les souvenirs que nous bâtissent d’avance les romans.<br />
E3: Mais dans les recoins subsistent, ici aussi, assez de lieux nostalgiques pour s’édifier dans le passé quelques vies parallèles, et pour l&#8217;avenir quelques réminiscences précieuses.</p>
<p>F1: Par une folle vengeance des pulsions ou de l’informatique, je n’ai plus trace des escales suivantes. Aucune copie sur les ordinateurs ; j’ai effacé un à un les clichés sur la caméra sans me douter de rien, avec une nostalgie rapide, pour faire de la place à d’autres. La perte a l’ampleur de ma propension à l’oubli. Qu’avait-on vu encore à la Biennale, où avait-on découvert un morceau de Venise moderne, qu’admire-t-on déjà aux Frari que Rob avait tenu à visiter? Et les enseignes dans les nuits d’orage et de foule au campo Sta Marguerita  Et de Trieste, ville à quai, des immeubles autrichiens en pente sous la bora, des églises byzantines, des grands ensembles fascistes du centre, des cafés élégants en voie d’extinction et de la charcuterie populaire, des traces littéraires de Stuparich et Joyce, dans l’ambiance passée et pincée? Et Miramar aussi, et  la mignardise alpine et les esplanades brutalistes et le château propret de Ljubljana. Perdu tout ça, perdu comme le reste, et un peu plus encore. C’est le moment où j’ai cessé de vouloir être avec Rob, aussi.<br />
F2: J&#8217;ai par contre remis la main sur quelques photos du mariage en Provence de mon vieil ami Franck, un autre précieux souvenir. Un beau moment, parce qu&#8217;il avait été pensé de fond en comble, des lieux à la musique. On s&#8217;était bien amusés avec Nadia, Fix, et quelques autres. Curiosité, la soirée s&#8217;était tenue dans un beach club inverti de Ramatuelle jadis fréquenté par Michel Guy et Michou.<br />
F3: Dans la même veine, nous avions à l&#8217;initiative d&#8217;Ivan essayé de faire le tour des derniers lieux du gai (prononcer gueille) deuxième: mais le Vagabond et le César venaient de fermer coup sur coup, emportant la poussière pailletée du souvenir, tout un passé désormais introuvable de gastronomie pédée, d&#8217;oeillades entendues et de gloussements froufroutants. Il restait encore le «champagne» surfacturé de l&#8217;Insolite, le dancing rikiki de la Champmeslé, et les clients de l&#8217;Alexander&#8217;s Bar pour ramener au temps d&#8217;avant, celui de Le Luron, de Mourousi, d&#8217;Emaer.</p>
<p>G1: Au Nord. Les gens m’ont plus, leur mine franche, leur robuste constitution, leur goût sans détour du plaisir, leur proverbiale hospitalité. Peut-être le don de la vie errante est-il d’apprendre à se faire des amis partout, et généralement c’est à d’autres métèques que l’on se lie ; mais à Lille, des Lillois aussi m’ont accueilli.<br />
G2: N’était sa malédiction d’être, lui aussi, on the road, et même limogeable à vue (et puis à la main de la xénophobie d’Etat), le métier appris sur place me plairait bien. Il répond à plusieurs de mes lancinantes velléités : me plonger dans la diagonale du vide, toucher du doigt mon utilité professionnelle, exercer l’autorité.<br />
G3: Et puis mon chef, mes collègues étaient super, et parfois bien de gauche. Ca faisait du bien.</p>
<p>H1: A la Toussaint, Fillette nous avait emmené dans sa campagne solognote. C&#8217;était la belle saison de la chasse, de la pâtisserie domestique, de la paresse, des promenades en forêt, des légumes de pot-au-feu, des brocantes et des histoires de fantômes.<br />
H2: Pour venir jusqu&#8217;à Romorantin-Lanthenay, j&#8217;avais fait un changement à Vierzon, ville qui réveilla mon envie de diagonale du vide, comme une vertigineuse résurgence de solitude, un vilain vœu de voir la France profonde. Triste ville inanimée et lointaine, ville en vain. T&#8217;avais qu&#8217;à pas vouloir voir Vierzon.<br />
H3: Dans la maison de famille, Fillette évoquait des anecdotes de bigamie chabrolienne entre l&#8217;Aisne et le Cher, si l&#8217;on peut dire. La demeure évoquait des partouzes giscardiennes, des surprise-parties modianesques, toute une vieille France suivant <em>La règle du jeu.</em></p>
<p>I1: <em>Tout ça ne vaut pas un clair de lune à Maubeuge. </em>Maubeuge, pour voir. Par une de ces erreurs nouvelles que permet la réservation touristique en ligne, j&#8217;ai échoué dans un hôtel aseptisé le long d&#8217;une nationale triste, que j&#8217;ai longée longuement pour trouver un gigantesque restaurant de couscous pas folichon.<br />
I2: La rue d&#8217;Hautmont est à l&#8217;abandon mais pas déserte, défoncée, rongée de mauvaises herbes, ses services publics en lambeaux. Des hommes sont réunis dans un estaminet sinistre, des gens sales traînent le long de la chaussée. Des animaux dépressifs stagnent dans les cages du zoo, au bout de la rue. Les corons, le canal, les fortifications: ce serait peut-être joli, sans la misère.<br />
I3: C&#8217;est comme à Denain ou à Dutemple, on a laissé les gens et les lieux là, à leur sort, à pourrir lentement. Combien de temps peut-on oublier quelqu&#8217;un, et une ville, sans qu&#8217;ils se rappellent à vous? Rarement j&#8217;ai vu aussi nettement le quart-monde qu&#8217;en cherchant la maison où a grandi ma grand-mère.</p>
<p>J1: A l’invitation de Jon (ah! Jon…), j’ai rejoint Bilbao un week-end. Vieux projet. Bilbao : la jeunesse y est compacte et turbulente dans les rues, amicale et enivrée, et navigue de lieu en bar, de danse traditionnelle en pogo punk. Bee-line pour les tapas et les calimoxos. C’est l’envers joyeux de Liège, où le populaire aurait repris ses droits, son folklore, son optimisme.<br />
J2: Il y avait pourtant, déjà, l’ombre d’une angoisse, dont Bilbao a été la fuite mais aussi l’accélérateur.<br />
J3: Peut-être ai-je réveillé mes peurs de voyage récurrentes. Peut-être que ma fragilité affective a été touchée, et baladée, par le jeu de dandysme séduisant (à chapeau) et de distance <em>(auf Deutsch)</em> de Jon. L’aller-retour entre l’impératif macho, le mutisme d’un berger, l’indifférence d’un <em>nerd</em>.</p>
<p>K1: Gare de Lyon, au retour d’un week-end beaux-arts avec Matthieu DC. J’ai noté, alors, que je ne comprenais même plus les visages, que leur sens, leur possible beauté devenaient insaisissables.<br />
K2: Il devenait nécessaire d’élucider le paradoxe : est-ce l’impossibilité géographique qui a créé mon éloignement affectif de tout, ou est-ce la peur de la proximité qui a su, toujours, mettre de la distance?<br />
K3: Tout m’est devenu étouffant, les réunions de famille comme la scolarité, l’on et l’off de ma vie. Je ne crois pas que mon entourage l’ai entendu, même s’il a réagi, ensuite. J’aurais pu tout envoyer paître, tous ces devoirs, et les autres, et moi ; mais je n’en ai rien fait, car l’apathie gagne toujours à la fin, et le conformisme.</p>
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		<title>Les boums et les bangs</title>
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		<pubDate>Tue, 07 Dec 2010 09:17:55 +0000</pubDate>
		<dc:creator>PatCo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Les douze travaux avaient tout de même pris fin. J&#8217;avais retrouvé la vie civile, aussi vite que le métro regagnait la ville. Institut du sport, Morgue, Austerlitz, Museum: là où le bien public prend doucement la poussière, où le soleil filtre parmi les verrières décaties. Puis Hammam, pour évaporer mon stress. 






A1: Après l&#8217;épreuve de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Les douze travaux avaient tout de même pris fin. J&#8217;avais retrouvé la vie civile, aussi vite que le métro regagnait la ville. Institut du sport, Morgue, Austerlitz, Museum: là où le bien public prend doucement la poussière, où le soleil filtre parmi les verrières décaties. Puis Hammam, pour évaporer mon stress. </p>
<p><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/01.jpg" title="Après l'épreuve de sport, j'avais pu arrêter la sobriété et reprendre une vie sociale." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/02.jpg" title="Maaxxx fêtait une promotion à coups de champagne et de petits fours du Bon Marché, son épicerie de proximité." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/03.jpg" title="«Est-ce qu'il se rend compte qu'il a un truc hyper-séduisant?»" class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/04.jpg" title="Au début, l'inquiétude était telle que j'en perdis le sommeil. Chaque nuit, je repassais le grand oral, soupesant la faiblesse de mes réponses, supputant la sévérité des sphinges du jury." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/05.jpg" title="Département SARL tardait à me trouver un nouveau job d'attente ou de rechange. Dans Paris, je promenais mon entre-deux administratif." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/06.jpg" title="Fin novembre, je me remis à dormir. Dans un cauchemar d'anticipation, j'ouvrais un .pdf d'échec sur le site de l'École." class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/07.jpg" title="Les bureaux d'Alex Nippon rutilaient de linoleum et d'amiante." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/08.jpg" title="Popeck, Lully, Basquiat, Larry Clark, Kertész, Miroslav Tichy, collection De Mol van Otterloo. «On se retrouve aux Souffleurs?»" class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/09.jpg" title="A Drouot, un lot de chapeaux avait été emporté, à notre nez et notre barbe, par un SAPEur superbement accoutré comme un potentat équatorial." class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/10.jpg" title="«Une perquisition mexicaine? Non..., y'a pas de ça chez nous.» Les condés continuaient de naviguer, d'un instant à l'autre, entre professionnalisme et gros doigts." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/11.jpg" title="A La Hague, vivante et calme, je revis enfin Rob." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/12.jpg" title="Tandis que l'affection culminait, la distance redoublée du manque d'argent créaient un grand écart." class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/14.jpg" title="Et après trois martini-dry, on s'exclamait: «C'est qui? on l'a jamais vu!? il est hyper mignon!» Pendant ce temps là, Morgie essayait les bonnets phrygiens oversize." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/13.jpg" title="Dans les Puces, devant Demy, devant un demi, Matthieu DC récriminait contre les rigueurs aveugles de l'amour et râlait sur son nouveau gagne-pain. Pendant ce temps-là, ShiningRubis ripolinait le showroom de ses rêves." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/15.jpg" title="Avec la déprime, Kyle jouait les popes et guignait les faveurs de vieilles dévotes orthodoxes." class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/16.jpg" title="Avec Fillette aux présences écliptiques, Pheel généreux en guimauves, et NippleLoki ressuscité d'entre les Yankees, on suivit le parcours en gidouille de la manif contre le sida. Die-in dans la neige." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/17.jpg" title="A Bruxelles, en famille, «Gays et envoisiez et chantans». LzMry avait lâché le Coca Light et, peut-être, les migraines, mais non point le grain de folie." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201011/18.jpg" title="Chez Département SARL, j'étais passé en 7 ans du bureau 420 au bureau 421, chiffre aléatoire qui résumait bien la situation. Plus que quelques heures et tout, ou presque, serait joué. J'avais fait ce que j'avais compté faire, pas de regrets à concevoir; rien ne va plus." class="alignnone" width="250" height="250" /></p>
<p>A1: Après l&#8217;épreuve de sport, j&#8217;avais pu arrêter la sobriété et reprendre une vie sociale.<br />
A2: Maaxxx fêtait une promotion à coups de champagne et de petits fours du Bon Marché, son épicerie de proximité.<br />
A3: «Est-ce qu&#8217;il se rend compte qu&#8217;il a un truc hyper-séduisant?»<br />
B1: Au début, l&#8217;inquiétude était telle que j&#8217;en perdis le sommeil. Chaque nuit, je repassais le grand oral, soupesant la faiblesse de mes réponses, supputant la sévérité des sphinges du jury.<br />
B2: Département SARL tardait à me trouver un nouveau job d&#8217;attente ou de rechange. Dans Paris, je promenais mon entre-deux administratif.<br />
B3: Fin novembre, je me remis à dormir. Dans un cauchemar d&#8217;anticipation, j&#8217;ouvrais un .pdf d&#8217;échec sur le site de l&#8217;École.<br />
C1: Les bureaux d&#8217;Alex Nippon rutilaient de linoleum et d&#8217;amiante.<br />
C2: Popeck, Lully, Basquiat, Larry Clark, Kertész, Miroslav Tichy, collection De Mol van Otterloo. «On se retrouve aux Souffleurs?»<br />
C3: A Drouot, un lot de chapeaux avait été emporté, à notre nez et notre barbe, par un SAPEur superbement accoutré comme un potentat équatorial.<br />
D1: «Une perquisition mexicaine? Non&#8230;, y&#8217;a pas de ça chez nous.» Les condés continuaient de naviguer, d&#8217;un instant à l&#8217;autre, entre professionnalisme et gros doigts.<br />
D2: A La Hague, vivante et calme, je revis enfin Rob.<br />
D3: Tandis que l&#8217;affection culminait, la distance redoublée du manque d&#8217;argent créaient un grand écart.<br />
E1: Après trois martini-dry, on s&#8217;exclamait: «C&#8217;est qui? on l&#8217;a jamais vu!? il est hyper mignon!» Pendant ce temps là, Morgie essayait les bonnets phrygiens oversize.<br />
E2: Dans les Puces, devant Demy, devant un demi, Matthieu DC récriminait contre les rigueurs aveugles de l&#8217;amour et râlait sur son nouveau gagne-pain. Pendant ce temps-là, ShiningRubis ripolinait le showroom de ses rêves.<br />
E3: Avec la déprime, Kyle jouait les popes et guignait les faveurs de vieilles dévotes orthodoxes.<br />
F1: Avec Fillette aux présences écliptiques, Pheel généreux en guimauves, et NippleLoki ressuscité d&#8217;entre les Yankees, on suivit le parcours en gidouille de la manif contre le sida. Die-in dans la neige.<br />
F2: A Bruxelles, en famille, «Gays et envoisiez et chantans». LzMry avait lâché le Coca Light et, peut-être, les migraines, mais non point le grain de folie.<br />
F3: Chez Département SARL, j&#8217;étais passé en 7 ans du bureau 420 au bureau 421, chiffre aléatoire qui résumait bien la situation. Plus que quelques heures et tout, ou presque, serait joué. J&#8217;avais fait ce que j&#8217;avais compté faire, pas de regrets à concevoir; rien ne va plus.</p>
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		<title>«Garde-nous simples et gais.»</title>
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		<pubDate>Thu, 11 Nov 2010 19:06:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>PatCo</dc:creator>
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A1: L&#8217;été venu, Mme Gujarat décida d&#8217;arrêter son restaurant, après 10 ans de trime.  Elle souriait: elle allait pouvoir enfin voir son fils le soir, et profiter de la vie.
A2: Pour un jour seulement, avec Giray, on pouvait se rouler dans les augustes fossés, au bout de la Brie. Averse en soirée, ne pas [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/01.jpg" title="L'été venu, Mme Gujarat décida d'arrêter son restaurant, après 10 ans de trime. Elle souriait: elle allait pouvoir enfin voir son fils le soir, et profiter de la vie." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/02.jpg" title="Pour un jour seulement, avec Giray, on pouvait se rouler dans les augustes fossés, au bout de la Brie. Averse en soirée, ne pas compter sur les breaks normands pour prendre en stop deux gendres idéaux, mais turcs." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/03.jpg" title="Avec SophCo et Rob, j'avais pris des vacances tarnaises, comme un intermède. C'est le vieux pays de collines et de canicule, de virages et de pâtures, de villégiatures anglaises et de festivals, de crise laitière et de bons hommes." class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/04.jpg" title="Puis je me claquemurai dans la banlieue." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/05.jpg" title="Au Monoprix, je croisais les fantômes de camarades de collège. Comme naguère, je fendais la banlieue à vélo; cette fois casqué comme un champignon de Paris." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/06.jpg" title="La nuit, la maison craquait de bruits étranges, je cauchemardais l'intrusion de voleurs. De jour, une voiture empruntait parfois l'avenue." class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/07.jpg" title="Arrosage, lessives, piscine, journal! Routines et fuites de mes révisions." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/08.jpg" title="Le lundi, droit, rouge. Le mardi, économie, jaune. Le mercredi..." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/09.jpg" title="L'occasion était belle aussi de sillonner les ruelles de Sèvres et Saint-Cloud. Les maisons de rapport étaient devenues des pavillons bourgeois fermés pour l'été, l'usine: un Club Med Gym, le train de banlieue: un tram automatique aux gares à l'abandon. Seul persévérait, tutélaire, lisse, mais louche, le siège social de Dassault." class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/10.jpg" title="Le mariage de Piwaï avait était le temporaire dénouement, heureux et classe, d'une longue telenovella." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/11.jpg" title="A la gay pride comme à Breteuil, Pif récriminait contre son travail, la vie, les gens, mais n'en continuait pas moins de pédaler." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/12.jpg" title="Et à Toulouse, summerkisses." class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/13.jpg" title="En 2010, on réunit pour les trier les «mandarins de la société bourgeoise» dans un sous-sol de la Défense. Comme un grand parking à élites de la Nation." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/14.jpg" title="Sous la surveillance impitoyable d'un ancien adjudant / imitateur de Chaban-Delmas, ils composent 25 heures." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/15.jpg" title="Avec ou sans eux, «L'Etat peut-il disparaître?»" class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/16.jpg" title="«Et vous tous! à la file ou confondus en bande / Ou seuls, vision si nette des jours passés, / Passions du présent, futur qui croît et bande / Chéris sans nombre qui n'êtes jamais assez!»" class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/17.jpg" title="Assez vite, les révisions avaient repris. Foin de solitude banlieusarde, il s'agissait de garder la tête froide et toute une en plein Paris, à proximité immédiate de l'internet." class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/18.jpg" title="Emmanuel de Ngroung me menait à pied et nuitamment jusqu'à Sartrouville, et retour. Nippon laissait sa carte, en cas de garde à vue." class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/19.jpg" title="Ç'avait été un beau septembre et un plus bel octobre manifestants. Mes parents ne rataient pas une marche; ComitéCentral venait looké; on croisait de la famille, des amis. On se demandait: est-on moins cette fois-ci?; on se rassurait: tu as vu comme on est serrés; on communiait à ce plaisir sans parallèle, une foule qui se reconnaît comme le peuple. " class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/20.jpg" title="Je fis un petit plaisir à Braouezec en le reconnaissant et succombai au people-spotting au carré VIP du PS. (il a pris du cul Benoît Hamon, non?)" class="alignnone" width="250" height="250" /><img alt="" src="http://www.freedonia.fr/201010/21.jpg" title="«Embauchez des jeunes et libérez les vieux!»" class="alignnone" width="250" height="250" /></p>
<p>A1: L&#8217;été venu, Mme Gujarat décida d&#8217;arrêter son restaurant, après 10 ans de trime.  Elle souriait: elle allait pouvoir enfin voir son fils le soir, et profiter de la vie.<br />
A2: Pour un jour seulement, avec Giray, on pouvait se rouler dans les augustes fossés, au bout de la Brie. Averse en soirée, ne pas compter sur les breaks normands pour prendre en stop deux gendres idéaux, mais turcs.<br />
A3: Avec SophCo et Rob, j&#8217;avais pris des vacances tarnaises, comme un intermède. C&#8217;est le vieux pays de collines et de canicule, de virages et de pâtures, de villégiatures anglaises et de festivals, de crise laitière et de bons hommes.<br />
B1: Puis je me claquemurai dans la banlieue.<br />
B2: Au Monoprix, je croisais les fantômes de camarades de collège. Comme naguère, je fendais la banlieue à vélo; cette fois casqué comme un champignon de Paris.<br />
B3: La nuit, la maison craquait de bruits étranges, je cauchemardais l&#8217;intrusion de voleurs. De jour, une voiture empruntait parfois l&#8217;avenue.<br />
C1: Arrosage, lessives, piscine, journal! Routines et fuites de mes révisions.<br />
C2: Le lundi, droit, rouge. Le mardi, économie, jaune. Le mercredi&#8230;<br />
C3: L&#8217;occasion était belle aussi de sillonner les ruelles de Sèvres et Saint-Cloud. Les maisons de rapport étaient devenues des pavillons bourgeois fermés pour l&#8217;été, l&#8217;usine: un Club Med Gym, le train de banlieue: un tram automatique aux gares à l&#8217;abandon. Seul persévérait, tutélaire, lisse, mais louche, le siège social de Dassault.<br />
D1: Le mariage de Piwaï avait était le temporaire dénouement, heureux et classe, d&#8217;une longue telenovella.<br />
D2: A la gay pride comme à Breteuil, Pif récriminait contre son travail, la vie, les gens, mais n&#8217;en continuait pas moins de pédaler.<br />
D3: Et à Toulouse, summerkisses.<br />
E1: En 2010, on réunit pour les trier les «mandarins de la société bourgeoise» dans un sous-sol de la Défense. Comme un grand parking à élites de la Nation.<br />
E2: Sous la surveillance impitoyable d&#8217;un ancien adjudant / imitateur de Chaban-Delmas, ils composent 25 heures.<br />
E3: Avec ou sans eux, «L&#8217;Etat peut-il disparaître?»<br />
F1: «Et vous tous! à la file ou confondus en bande / Ou seuls, vision si nette des jours passés, / Passions du présent, futur qui croît et bande / Chéris sans nombre qui n&#8217;êtes jamais assez!»<br />
F2: Assez vite, les révisions avaient repris. Foin de solitude banlieusarde, il s&#8217;agissait de garder la tête froide et toute une en plein Paris, à proximité immédiate de l&#8217;internet.<br />
F3: Emmanuel de Ngroung me menait à pied et nuitamment jusqu&#8217;à Sartrouville, et retour. Nippon laissait sa carte, en cas de garde à vue.<br />
G1: Ç&#8217;avait été un beau septembre et un plus bel octobre manifestants. Mes parents ne rataient pas une marche; ComitéCentral venait looké; on croisait de la famille, des amis. On se demandait: est-on moins cette fois-ci?; on se rassurait: tu as vu comme on est serrés; on communiait à ce plaisir sans parallèle, une foule qui se reconnaît comme le peuple.<br />
G2: Je fis un petit plaisir à Braouezec en le reconnaissant et succombai au people-spotting au carré VIP du PS. (il a pris du cul Benoît Hamon, non?)<br />
G3: «Embauchez des jeunes et libérez les vieux!»</p>
<p>***</p>
<p>Je suis onomamnésique, peut-être une forme atténuée de prosopagnosie. Mon père est vers le stade 2 (de 5) de la syllogomanie. Ma mère est une mère juive, sauf qu&#8217;elle est goy. Ma sœur serait la plus équilibrée d&#8217;entre nous, n&#8217;était sa paranoïa critique. </p>
<p>***</p>
<p>Avec l&#8217;internet, nous nous enlisons dans des conversations de comptoir auxquelles on n&#8217;aurait prêté qu&#8217;une oreille dans un troquet <em>réel,</em> avant de se replonger dans nos propres pensées; dans l&#8217;ignoble du «j&#8217;n'en dis pas plus, on se comprend» des haines ressassées et tous-pourristes; dans une sorte de lie de la pensée politique approximative, pleine de raccourcis et de surnoms (Ségolène, Le Facteur, Sarko), grumelée d&#8217;équivalences douteuses et de points Godwin; dans une boue de pensée, héritière du courrier des lecteurs du <em>Figaro</em>: ce sont les <em>comments </em>sur les sites de presse et, en tendance, sur Facebook (dès lors qu&#8217;on «échange» avec des amis d&#8217;amis inconnus). </p>
<p>Plus obscène encore, internet nous livre les pensées des inconnus (et appelés à le rester) sur nous, il nous soumet aux désirs sadiques quoiqu&#8217;indécis des petits tortionnaires de harem virtuel. Libérés des bornes de la civilité ou de la simple prudence qu&#8217;impliquent le face-à-face, quiconque peut sur internet mentir, confier ses troubles fantasmes, faire miroiter, injurier, tout ramener à soi, mépriser, haïr copieusement, consommer autrui sans autrui: ce sont les tchattes de drague, quelque part entre l&#8217;hystérie et Torquemada. </p>
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		<title>Avec ambages.</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Aug 2010 16:16:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>PatCo</dc:creator>
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A1: Je retournai  à Szohod, chaque mois où presque, car c’est là qu’étais mon amoureux. J’ai le souvenir d’immenses retards ferroviaires, de congères de compétition, de villes assiégées par la neige, traversées à tâtons, incolores, désertes, géométriques : des esquisses d’utopies modern style. Le souvenir n’est pas distinct, comme je l’évoque à bord d’un autre [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img title="Je retournai  à Szohod, chaque mois où presque, car c’est là qu’étais mon amoureux. J’ai le souvenir d’immenses retards ferroviaires, de congères de compétition, de villes assiégées par la neige, traversées à tâtons, incolores, désertes, géométriques : des esquisses d’utopies modern style. Le souvenir n’est pas distinct, comme je l’évoque à bord d’un autre Thalys-tortillard, qui lambine dans la campagne artésienne, verte, chaleureuse et pittoresque comme un Constable, dans son printemps tardif.  Du blizzard au cirrus. " src="http://www.freedonia.fr/201005/01.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="A Paris j’avais repris les vieilles attaches. Alex Nippon était à l’aube de sa carrière de poulet, qu’il lui tardait de commencer pour de bon. Ivan épanouissait ses pieds dans le plat de l’investigation de presse. Alex STAPS parlait plus péremptoirement que jamais dans les assemblées (il réservait sa sagesse et sa drôlerie pour les petits comités)." src="http://www.freedonia.fr/201005/02.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="Le Lobby Gay tint conclave – pas loin derrière vous." src="http://www.freedonia.fr/201005/03.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img title="Je redevins étudiant, comme si toute ma vie adulte n’eût été qu’une longue prép’ENA. Les cours alternaient, dans un faux rythme d’éreintement et d’oisiveté coupable. Il me semblait toutefois flotter un peu, glaner les bons points sans effort, capitalisant sur l’avance de toutes mes prépa passées, ou peut-être touchant à ce but que BoxingBoy m’avait reproché (jadis, à Venise) d’éluder : préparer l’épreuve froidement pour y réussir, plutôt qu’en faire un motif d’érudition ou un enjeu personnel. ." src="http://www.freedonia.fr/201005/04.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title=" Avec la prépa, je dus suivre l’actualité de plus près. Lire et écouter les nouvelles, chaque jour de cet automne d’identité nationale, de cet hiver de précipitation réactionnaire, fut «mon cilice et ma discipline» : brique à brique dans la vitrine, le pouvoir cassait l’Etat pour montrer son inefficacité. Par idéologie, il gérait le pays comme une marque de shampoing. Chaque nouvelle «réforme» annoncée, chaque opinion vociférée par les chefs de produit du sarkozysme m’était un coup à l’estomac, une balafre au moral. L’accumulation d’incompétence, d’arrogance et de vulgarité devenait telle, que même quelques hauts fonctionnaires conservateurs, nos enseignants, s’en émurent.." src="http://www.freedonia.fr/201005/05.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="«Cette musique est anxiogène. - Pour moi, elle est juste sexuelle. - Merci, tu viens de m'épargner 10 ans de psychanalyse.»" src="http://www.freedonia.fr/201005/06.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img title="A Bruxelles, menés par LzMry, nous hantions les rades rigolos du quartier des puces ou les bars à minets du centre, sortis intacts d’un souvenir sixties à la Dutronc. Rob était très fan de Popote." src="http://www.freedonia.fr/201005/07.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="A la demande générale: «Et alors, tu l’as présenté à tes parents ?»" src="http://www.freedonia.fr/201005/08.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="Ma mère disait : «Compositeur, c’est original…», comprendre : «il ne doit pas manger à sa faim.»" src="http://www.freedonia.fr/201005/09.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img title="En décembre, Rob donna un beau concert moderne dans un opéra itou." src="http://www.freedonia.fr/201005/10.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="Avec SophCo, nous prîmes le train-couchette, celui qui desservait les vacances:  Orléans-Tours- Limoges- Vindrac -Toulouse entre les fêtes. (Ce train a disparu depuis; et avec lui la mémoire de mes étés d‘enfance, celles qui me reviennent du plus loin: le lent ébranlement du train au sortir de la gare, entre les ombres urbaines mystérieuses, les wagons en rade et les pavillons d‘approche. Au matin, on se déliait les jambes, à la longue fenêtre du couloir, à voir filer les derniers kilomètres.)" src="http://www.freedonia.fr/201005/11.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="Ce fut, comme tous les ans, le rituel de la visite à mes grands-parents. Mais dans une Maison, loin de leur maison, ils n'avaient plus rien de la superbe, de la maîtrise de la situation qui avaient déjà commencer à filer les années précédentes. Tout cela tient à peu de chose, un vêtement, une coupe de cheveux, la haute main sur la discussion. Ils faisaient bonne figure, voilà tout. Alentour, de vieilles personnes erraient, reniflaient notre table et notre situation l'air de rien, avec concupiscence." src="http://www.freedonia.fr/201005/12.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img title="Matthieu DC rebondissait d’une histoire amoureuse à l’autre, sinon à la suivante. Il croisait les belles-familles, couchait avec un agent triple (ex «Facho-Mignon»*), disait: «je veux coucher avec» ou «pourtant je ne l’aime pas» ou «pour ou contre l'avortement»." src="http://www.freedonia.fr/201005/16.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="«Ce que je cherche, c’est la folie à deux» confessait-elle, dans la généralité. «On sent bien qu’elle envoie du bois», notait-il, d’une autre." src="http://www.freedonia.fr/201005/17.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="De leur côté, les TBS avait essaimé aux quatre vents, mixant ici, exposant là, DA un jour, romancier peut-être le lendemain. Depuis la fin des Mort aux Jeunes, s’ils se conservaient  l’amitié, ils n’avaient plus je crois cette intimité exclusive d‘auparavant. Les configurations de leurs, de nos liens s’étaient démultipliées en s’espaçant: le Bureau de mode, les collaborations aux ambitions  avant-gardistes des Bibis, mille soirées aux DJ-sets kaléidoscopiques, les vacances balkaniques." src="http://www.freedonia.fr/201005/18.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><br />
<img title="C'est le paradoxe du «couple libre», de l'émancipation que j'ai voulue de mon désir et de ma fidélité. Pour qu'un seul garçon ne puisse me faire jamais beaucoup souffrir, j'ai accepté que tous les garçons me blessent un peu tous les jours." src="http://www.freedonia.fr/201005/19.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="Il flottait sur l'Etat comme une impression de fin des haricots." src="http://www.freedonia.fr/201005/20.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /><img title="Je proposai mon appartement en chambre d'hôte, pour joindre les deux bouts. Pour des raisons obscures, il fut surtout loué par des gens improbables, genre famille en habitat collectif Lettons/Ouzbeks, gastronome israélien postadolescent, humanitaire iranien du Tchad." src="http://www.freedonia.fr/201005/21.jpg" class="alignnone" width="250" height="250" /></p>
<p>A1: Je retournai  à Szohod, chaque mois où presque, car c’est là qu’étais mon amoureux. J’ai le souvenir d’immenses retards ferroviaires, de congères de compétition, de villes assiégées par la neige, traversées à tâtons, incolores, désertes, géométriques : des esquisses d’utopies modern style. Le souvenir n’est pas distinct, comme je l’évoque à bord d’un autre Thalys-tortillard, qui lambine dans la campagne artésienne, verte, chaleureuse et pittoresque comme un Constable, dans son printemps tardif.  Du blizzard au cirrus.<br />
A2: A Paris j’avais repris les vieilles attaches. Alex Nippon était à l’aube de sa carrière de poulet, qu’il lui tardait de commencer pour de bon. Ivan épanouissait ses pieds dans le plat de l’investigation de presse. Alex STAPS parlait plus péremptoirement que jamais dans les assemblées (il réservait sa sagesse et sa drôlerie pour les petits comités).<br />
A3: Le Lobby Gay tint conclave – pas loin derrière vous.<br />
B1: Je redevins étudiant, comme si toute ma vie adulte n’eût été qu’une longue prép’ENA. Les cours alternaient, dans un faux rythme d’éreintement et d’oisiveté coupable. Il me semblait toutefois flotter un peu, glaner les bons points sans effort, capitalisant sur l’avance de toutes mes prépa passées, ou peut-être touchant à ce but que BoxingBoy m’avait reproché (jadis, à Venise) d’éluder : préparer l’épreuve froidement pour y réussir, plutôt qu’en faire un motif d’érudition ou un enjeu personnel.<br />
B2: Avec la prépa, je dus suivre l’actualité de plus près. Lire et écouter les nouvelles, chaque jour de cet automne d’identité nationale, de cet hiver de précipitation réactionnaire, fut «mon cilice et ma discipline» : brique à brique dans la vitrine, le pouvoir cassait l’Etat pour montrer son inefficacité. Par idéologie, il gérait le pays comme une marque de shampoing. Chaque nouvelle «réforme» annoncée, chaque opinion vociférée par les chefs de produit du sarkozysme m’était un coup à l’estomac, une balafre au moral. L’accumulation d’incompétence, d’arrogance et de vulgarité devenait telle, que même quelques hauts fonctionnaires conservateurs, nos enseignants, s’en émurent.<br />
B3 : «Cette musique est anxiogène. &#8211; Pour moi, elle est juste sexuelle. &#8211; Merci, tu viens de m&#8217;épargner 10 ans de psychanalyse.»<br />
C1: A Bruxelles, menés par LzMry, nous hantions les rades rigolos du quartier des puces ou les bars à minets du centre, sortis intacts d’un souvenir sixties à la Dutronc. Rob était très fan de Popote.<br />
C2: A la demande générale:«Et alors, tu l’as présenté à tes parents ?»<br />
C3: Ma mère disait : «Compositeur, c’est original…», comprendre : «il ne doit pas manger à sa faim.»<br />
D1: En décembre, Rob donna un beau concert moderne dans un opéra itou.<br />
D2: Avec SophCo, nous prîmes le train-couchette, celui qui desservait les vacances:  Orléans-Tours- Limoges- Vindrac -Toulouse entre les fêtes. (Ce train a disparu depuis; et avec lui la mémoire de mes étés d‘enfance, celles qui me reviennent du plus loin: le lent ébranlement du train au sortir de la gare, entre les ombres urbaines mystérieuses, les wagons en rade et les pavillons d‘approche. Au matin, on se déliait les jambes, à la longue fenêtre du couloir, à voir filer les derniers kilomètres.)<br />
D3: Ce fut, comme tous les ans, le rituel de la visite à mes grands-parents. Mais dans une Maison, loin de leur maison, ils n&#8217;avaient plus rien de la superbe, de la maîtrise de la situation qui avaient déjà commencer à filer les années précédentes. Tout cela tient à peu de chose, un vêtement, une coupe de cheveux, la haute main sur la discussion. Ils faisaient bonne figure, voilà tout. Alentour, de vieilles personnes erraient, reniflaient notre table et notre situation l&#8217;air de rien, avec concupiscence.<br />
E1: Matthieu DC rebondissait d’une histoire amoureuse à l’autre, sinon à la suivante. Il croisait les belles-familles, couchait avec un agent triple (ex «Facho-Mignon»*), disait: «je veux coucher avec» ou «pourtant je ne l’aime pas» ou «pour ou contre l&#8217;avortement».<br />
E2: «Ce que je cherche, c’est la folie à deux» confessait-elle, dans la généralité. «On sent bien qu’elle envoie du bois», notait-il, d’une autre.<br />
E3: De leur côté, les TBS avait essaimé aux quatre vents, mixant ici, exposant là, DA un jour, romancier peut-être le lendemain. Depuis la fin des Mort aux Jeunes, s’ils se conservaient  l’amitié, ils n’avaient plus je crois cette intimité exclusive d‘auparavant. Les configurations de leurs, de nos liens s’étaient démultipliées en s’espaçant: le Bureau de mode, les collaborations aux ambitions  avant-gardistes des Bibis, mille soirées aux DJ-sets kaléidoscopiques, les vacances balkaniques.<br />
F1: C&#8217;est le paradoxe du «couple libre», de l&#8217;émancipation que j&#8217;ai voulue de mon désir et de ma fidélité. Pour qu&#8217;un seul garçon ne puisse me faire jamais beaucoup souffrir, j&#8217;ai accepté que tous les garçons me blessent un peu tous les jours.<br />
F2: Il flottait sur l&#8217;Etat comme une impression de fin des haricots.<br />
F3: Je proposai mon appartement en chambre d&#8217;hôte, pour joindre les deux bouts. Pour des raisons obscures, il fut surtout loué par des gens improbables, genre famille en habitat collectif Lettons/Ouzbeks, gastronome israélien postadolescent, humanitaire iranien du Tchad.</p>
<p><em>(histoire sans image)</em></p>
<p>«I’ll shoot you», avait dit Artemis. Je crains les augures. Dans le passé j’ai croisé un Gabriel à mine d’ange, mais qui n’annonçait que la résurrection de soucis amoureux (pas avec lui, d’ailleurs. Il fut furtif, comme son message). Accrocher Artemis d’un coup d’œil, d’un trait : la séduction est toujours trop belle pour être vraie; elle est trompe l’œil, ironie du destin, flèche du Parthe; du désir, nous sommes les cocus, nous portons ses cornes tels Actéon. D’ailleurs, Artemis s’était couché avec un empressement chypriote (ou si l’on veut une camaraderie mancunienne); mais il se leva et disparut de ma vie avec une froideur britannique. </p>
<p>L’horrible fut mon sang-froid, dans l’évènement et dans les contre-mesures. Pas d&#8217;urgence aux urgences, ni colère, ni véritable angoisse. On se résigne si facilement aux protocoles, puisqu’ils nous sont connus d’avance. Fatalisme ex post.</p>
<p>Comme si, d&#8217;un malheur à l&#8217;autre (tel deuil, tel flip vénérien) la peur s’anesthésiait; comme si elle seule avait pu jusque là gendarmer mon comportement, et menaçait de faire défaut. L’abîme serait devant moi, béant: dans ce refus que le recul, que la retenue  s’insinuent dans le jeu de <em>mil e tre</em>; c’est-à-dire, en consentant implicitement, par inertie, que l’enchère s’augmente d’elle-même. Donjuanisme ex ante. </p>
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		<title>«&#8230;, boats against the current,&#8230;»</title>
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		<pubDate>Mon, 21 Dec 2009 19:10:27 +0000</pubDate>
		<dc:creator>PatCo</dc:creator>
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A1: Rentré, j&#8217;eus subitement beaucoup plus d&#8217;occasions, et de meilleures, de dire «La France» au lieu de «je». Encore étais-je écouté et cru pour ces mots. On m&#8217;avait dit de m&#8217;occuper de la Cour, de la Conférence et du Tribunal, de guetter du coin de l&#8217;oeil Radovan et Jean-Pierre. Quoique entré par la petite porte, [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.freedonia.fr/200909/01.jpg" title="Rentré, j'eus subitement beaucoup plus d'occasions, et de meilleures, de dire «La France» au lieu de «je». Encore étais-je écouté et cru pour ces mots. On m'avait dit de m'occuper de la Cour, de la Conférence et du Tribunal, de guetter du coin de l'oeil Radovan et Jean-Pierre. Quoique entré par la petite porte, il semblait soudain que je pris part à de grandes choses. J'étais submergé à la fois de responsabilités, de travail et d'angoisse." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200909/02.jpg" title="Plusieurs impressions fortes de ma profession se précisèrent: qu'elle n'est passionnante et intense que par exception; que certains compétiteurs comme l'A... s'y font, désormais, une place incontournable par leur professionnalisme carré; que la maison-mère laisse ses filiales dans le désarroi, dans l'ignorance et parfois de côté. J'appris beaucoup aussi sur la respiration d'une négociation, sur le besoin d'aller et venir entre le plénier et l'intime, entre le poker-face et le bazar." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200909/03.jpg" title="Puis ce furent les dernières visites à R-dam, à A-dam, et le détour par tout ce que je n'avais pas pris le temps de voir en 3 ans. A A-dam, BoxingGirl était toute chamboulée. Devant des sushis, elle m'avait expliqué comment elle reprenait le dessus." width="250" height="250" /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200909/04.jpg" title="Avec Rob, on s'était dit des choses importantes, fait des serments qui pavent l'avenir. Tout cela avait été émotionnel, par surprise un peu." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200909/05.jpg" title="A l'automne aussi, les trente ans de LzMry furent aussi l'occasion d'une fausse-dernière venue à Bruxelles. Il faisait étrangement doux, ShiningRubis avançait dans son entreprise, et Crame fomentait le projet de devenir une femme à barbe banale." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200909/06.jpg" title="Pendant trois ans, j'avais pêché contre la Hague en pensées, en paroles, par action et par omission. J'avais fui la ville, j'en avais médit, j'avais maudit le sort de m'y avoir exilé. Pourtant, j'avais pris goût à son rythme provincial, à mon confort domestique, j'avais noué des amitiés ici; et tout cela me manquerait. Ainsi, même dans le poste le moins distant et le moins remarquable, le départ, qui pourtant était le retour, était difficile comme un adieu." width="250" height="250" /></p>
<p>A1: Rentré, j&#8217;eus subitement beaucoup plus d&#8217;occasions, et de meilleures, de dire «La France» au lieu de «je». Encore étais-je écouté et cru pour ces mots. On m&#8217;avait dit de m&#8217;occuper de la Cour, de la Conférence et du Tribunal, de guetter du coin de l&#8217;oeil Radovan et Jean-Pierre. Quoique entré par la petite porte, il semblait soudain que je pris part à de grandes choses. J&#8217;étais submergé à la fois de responsabilités, de travail et d&#8217;angoisse.<br />
A2: Plusieurs impressions fortes de ma profession se précisèrent: qu&#8217;elle n&#8217;est passionnante et intense que par exception; que certains compétiteurs comme l&#8217;A&#8230; s&#8217;y font, désormais, une place incontournable par leur professionnalisme carré; que la maison-mère laisse ses filiales dans le désarroi, dans l&#8217;ignorance et parfois de côté. J&#8217;appris beaucoup aussi sur la respiration d&#8217;une négociation, sur le besoin d&#8217;aller et venir entre le plénier et l&#8217;intime, entre le poker-face et le bazar.<br />
A3: Puis ce furent les dernières visites à R-dam, à A-dam, et le détour par tout ce que je n&#8217;avais pas pris le temps de voir en 3 ans. A A-dam, BoxingGirl était toute chamboulée. Devant des sushis, elle m&#8217;avait expliqué comment elle reprenait le dessus.<br />
B1: Avec Rob, on s&#8217;était dit des choses importantes, fait des serments qui pavent l&#8217;avenir. Tout cela avait été émotionnel, par surprise un peu.<br />
B2: A l&#8217;automne aussi, les trente ans de LzMry furent aussi l&#8217;occasion d&#8217;une (fausse) dernière venue à Bruxelles. Il faisait étrangement doux, ShiningRubis avançait dans son entreprise, et Crame fomentait le projet de devenir une femme à barbe banale.<br />
B3: Pendant trois ans, j&#8217;avais pêché contre la Hague en pensées, en paroles, par action et par omission. J&#8217;avais fui la ville, j&#8217;en avais médit, j&#8217;avais maudit le sort de m&#8217;y avoir exilé. Pourtant, j&#8217;avais pris goût à son rythme provincial, à mon confort domestique, j&#8217;avais noué des amitiés ici; et tout cela me manquerait. Ainsi, même dans le poste le moins distant et le moins remarquable, le départ, qui pourtant était le retour, était difficile comme un adieu.</p>
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		<title>«So we beat on,&#8230;»</title>
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		<pubDate>Thu, 26 Nov 2009 22:33:00 +0000</pubDate>
		<dc:creator>PatCo</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Freedonia, l&#8217;intermittente du spectacle, a traîné à reprendre ses émissions. Ma mémoire a longtemps tourné autour d&#8217;une blague vraiment très drôle, ou était-ce outrée, de François B2 ;  sans la retrouver. Et puis l&#8217;eau à coulé sous les ponts, et j&#8217;ai eu la tête sous l&#8217;eau, et autre métaphores valides tant que j&#8217;ai été [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Freedonia, <em>l&#8217;intermittente du spectacle, </em>a traîné à reprendre ses émissions. Ma mémoire a longtemps tourné autour d&#8217;une blague vraiment très drôle, ou était-ce outrée, de François B2 ;  sans la retrouver. Et puis l&#8217;eau à coulé sous les ponts, et j&#8217;ai eu la tête sous l&#8217;eau, et autre métaphores valides tant que j&#8217;ai été en Ruritanie.</p>
<p><img src="http://www.freedonia.fr/200908/07.jpg" title="En août, nous avions visité la patrie de Rob, la Nouvelle-Angleterre rurale, gothique et immuable comme une carte postale. Ou dissimulatrice en pleine lumière, comme «la Lettre volée». Les gares émergent de posters civiques de Norman Rockwell, on fend en SUV les champs de bataille de la Guerre d'indépendance, et les grenouilles perchées dans des arbres gigantesques coassent gigantesquement, invisibles, dans la nuit moite, maudite et effrayante. On est à la fin du monde ou dans «Magnolia». Comme dans une photo de Gregory Crewdson, ou simplement «Desperate Housewives», toutes les turpitudes peuvent se cacher derrière les jardinets de ces maisons trop grandes. On fait des barbecues entre voisins." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200908/08.jpg" title="A Yale, j'avais recroisé Gerald Murphy, je lisais «Great Gatsby» et Graham Greene." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200908/09.jpg" title="Des amis de Rob nous avaient accueilli, des gens érudits, doux et drôles, avec des animaux déjantés. On s'était promenés dans la ville universitaire et sur le campus, idyllique et impossible, une thébaïde de jeunes mangeant bio, «ce côté du paradis»." width="250" height="250" /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200908/10.jpg" title="a New York, Rob voulut voir mille et une choses, ses amis, toute son ancienne vie d'outre-Atlantique, et les nouveautés encore." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200908/11.jpg" title="SophCo, elle, ne se départit pas de sa placidité, allant de Bacon à B&amp;H, de K-Town au Village à Billieburg, mais point trop vite." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200908/12.jpg" title="(Ici, remarque scandaleuse de François B2 sur les minorités asiatiques, rendue hilarante par l'abus de sake.)" width="250" height="250" /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200908/13.jpg" title="Et c'était toujours un plaisir d'arpenter l'West Side, de dénicher des boutiques à attrapes-poussières, d'engouffrer sushis et eggcream." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200908/14.jpg" title="J'avais pris des chambres dans des bed-and-breakfasts improvisés. Du haut de l'hôtel de SophCo, on embrassait les toits, le panorama unique dominé l'Empire State Building, le haut rêve new-yorkais. Du bas de mes chambres, on saisissait ce rêve affrontant pied-à-pied la réalité : le manège au plafond du loft du coiffeur branché, en partance pour Reykjavik ou Berlin, qui accueillait aussi un studio de photo coquines; la tanière intello et compacte, un peu vétuste, du jeune apprenti-acteur ashkénaze de l'East Village." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200908/15.jpg" title="A Philadelphie, on avait pris des cheesteaks chez Pat's, pas chez Geno's, l'ami des flics et l'ennemi des autres dont les étrangers et Mumia. Flics qui, d'ailleurs, avaient mis une contredanse à Rob, car son New Jersey minéralogique est un peu le 78 de l'Amérique. Le centre-ville restait, par endroits, frappé de prescription, usé, poussiéreux, sinistré, avec la vérité pourtant et la grâce de la résilience, du passé qui tarde à disparaître tout à fait. Un peu plus loin, des baraques militaires jadis squattées étaient devenues des maisons de ville pour bobos." width="250" height="250" /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200908/16.jpg" title="Rien ne sert de visiter une ville pour la découvrir; il faut pour cela la retrouver. Car on fait alors l'économie des passages obligés, du «tour», des lieux communs; on la voit dans son particulier." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200908/17.jpg" title="Lenny était seul, toujours un dandy, un prince à Forrest Hill. Il se défaisait en hâte de vieilles cravates, de beaux stylos, jetant le superflu comme un lest dangereux." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200908/18.jpg" title="Je repris ensuite le chemin de La Hague et les vacances furent bien finies." width="250" height="250" /></p>
<p>A1: En août, nous avions visité la patrie de Rob, la Nouvelle-Angleterre rurale, gothique et immuable comme une carte postale. Ou dissimulatrice en pleine lumière, comme «la Lettre volée». Les gares émergent de posters civiques de Norman Rockwell, on fend en SUV les champs de bataille de la Guerre d&#8217;indépendance, et les grenouilles perchées dans des arbres gigantesques coassent gigantesquement, invisibles, dans la nuit moite, maudite et effrayante. On est à la fin du monde ou dans «Magnolia». Comme dans une photo de Gregory Crewdson, ou simplement «Desperate Housewives», toutes les turpitudes peuvent se cacher derrière les jardinets de ces maisons trop grandes. On fait des barbecues entre voisins.<br />
A2: A Yale, j&#8217;avais recroisé Gerald Murphy, je lisais «Great Gatsby» et Graham Greene.<br />
A3: Des amis de Rob nous avaient accueilli, des gens érudits, doux et drôles, avec des animaux déjantés. On s&#8217;était promenés dans la ville universitaire et sur le campus, idyllique et impossible, une thébaïde de jeunes mangeant bio, «ce côté du paradis».<br />
B1: A New York, Rob voulut voir mille et une choses, ses amis, toute son ancienne vie d&#8217;outre-Atlantique, et les nouveautés encore.<br />
B2: SophCo, elle, ne se départit pas de sa placidité, allant de Bacon à B&#038;H, de K-Town au Village à Billieburg, mais point trop vite.<br />
B3: (Ici, remarque scandaleuse de François B2 sur les minorités asiatiques, rendue hilarante par l&#8217;abus de sake.)<br />
C1: Et c&#8217;était toujours un plaisir d&#8217;arpenter l&#8217;West Side, de dénicher des boutiques à attrapes-poussières, d&#8217;engouffrer sushis et eggcream.<br />
C2: J&#8217;avais pris des chambres dans des bed-and-breakfasts improvisés. Du haut de l&#8217;hôtel de SophCo, on embrassait les toits, le panorama unique dominé l&#8217;Empire State Building, le haut rêve new-yorkais. Du bas de mes chambres, on saisissait ce rêve affrontant pied-à-pied la réalité : le manège au plafond du loft du coiffeur branché, en partance pour Reykjavik ou Berlin, qui accueillait aussi un studio de photo coquines; la tanière intello et compacte, un peu vétuste, du jeune apprenti-acteur ashkénaze de l&#8217;East Village.<br />
C3: A Philadelphie, on avait pris des cheesesteaks chez Pat&#8217;s, pas chez Geno&#8217;s, l&#8217;ami des flics et l&#8217;ennemi des autres dont les étrangers et Mumia. Flics qui, d&#8217;ailleurs, avaient mis une contredanse à Rob, car son New Jersey minéralogique est un peu le 78 de l&#8217;Amérique. Le centre-ville restait, par endroits, frappé de prescription, usé, poussiéreux, sinistré, avec la vérité pourtant et la grâce de la résilience, du passé qui tarde à disparaître tout à fait. Un peu plus loin, des baraques militaires jadis squattées étaient devenues des maisons de ville pour bobos.<br />
D1: Rien ne sert de visiter une ville pour la découvrir; il faut pour cela la retrouver. Car on fait alors l&#8217;économie des passages obligés, du «tour», des lieux communs; on la voit dans son particulier.<br />
D2: Lenny était seul, toujours un dandy, un prince à Forrest Hill. Il se défaisait en hâte de vieilles cravates, de beaux stylos, jetant le superflu comme un lest dangereux.<br />
D3: Je repris ensuite le chemin de La Hague et les vacances furent bien finies. </p>
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		<title>Ewigjungen</title>
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		<pubDate>Thu, 23 Jul 2009 16:19:43 +0000</pubDate>
		<dc:creator>PatCo</dc:creator>
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A1: A R-dam, Mamy montrait des signes de fatigue mais continuait à marche forcée.
A2: Elle disait à Thérèse «Ah non, vous n&#8217;allez pas payer ça, après vous ne mangez pas pendant huit jours», qui répondait «et qu&#8217;est-ce que ça peut bien faire!»
A3: Et puis j&#8217;étais retourner dans Paris délavé de soleil et de printemps, pour [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.freedonia.fr/200906/10.jpg" title="A R-dam, Mamy montrait des signes de fatigue mais continuait à marche forcée." /><img src="http://www.freedonia.fr/200906/11.jpg" title="Elle disait à Thérèse «Ah non, vous n'allez pas payer ça, après vous ne mangez pas pendant huit jours», qui répondait «et qu'est-ce que ça peut bien faire!»" /><img src="http://www.freedonia.fr/200906/12.jpg" title="Et puis j'étais retourner dans Paris délavé de soleil et de printemps, pour fêter mon anniversaire et parler paternité et business avec FiX au fin fond du XXe." /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200907/01.jpg" title="J'avais mariné dans la peur, mais point trop les révisions, avant mon oral pour rentrer en classe préparatoire au concours de l'école permettant d'accéder éventuellement à une promotion professionnelle. Tout de même, j'avais été pris. (Barbara Hepworth, Gerrit Rietveld)" /><img src="http://www.freedonia.fr/200907/02.jpg" title="A La Hague, Crame allait voir Charles Taylor en son déni, et pour lui-même traçait un avenir de femme (gitane) à barbe banale. Chaque matin, comme les semaines de travail, il émergeait en matant l'internet social-cul." /><img src="http://www.freedonia.fr/200907/03.jpg" title="Rescapée de l'insolation, SophCo se demandait si son été serait fait d'un gigantesque congé sabbatique ou juste d'un plan social. Elle doutait qu'on lui trouvât un mec potable en ligne." /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200907/04.jpg" title="Et après tout, l'été était venu, l'été batave qui tousse grassement comme un automne asthmatique, l'été beau et luisant comme un sanatorium de bord de mer. Le travail avait curieusement redoublé, et c'était bien agréable, de s'affairer ainsi mais dans des bureaux calmes, vidés par les vacances des autres." /><img src="http://www.freedonia.fr/200907/05.jpg" title="A Berlin, on avait fêté en force les trente ans d'Idan STAPS, Rob et Dani avaient accompagné impromptu des tubes de Chava Alberstein et «La chanson des vieux amants». On s'était rassasié et plus de délices veggie, et puis on était tard parti danser, ou dormir, ou papoter, dans une boîte/squat/jardin de bord de voie ferrée. Dans la ville qui ne travaille jamais, rien n'avait plus d'heure." /><img src="http://www.freedonia.fr/200907/06.jpg" title="On avait fait un tour du Kreuzberg gauchiste et pédé, et les pèlerinages de Sans-Souci et du Reichstag. Xavier disait: «Ilan Halimi, c'est la Shoah des Sépharades!» et refusait de chanter en public: «I'm not your Sephardic monkey!»" /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200907/07.jpg" title="Rob aussi avait fêté son anniversaire, courant d'un point de la ville à l'autre, s'ébaudissant d'une choucroute à la crème." /><img src="http://www.freedonia.fr/200907/08.jpg" title="Alex avait parlé caca et sida, et tombé le maillot pour chanter «Toxic» dans un karaoke; la routine." /><img src="http://www.freedonia.fr/200907/09.jpg" title="Et moi, je continuais d'avoir mes doutes et mes colères. (Sigmar Polke)." /></p>
<p>A1: A R-dam, Mamy montrait des signes de fatigue mais continuait à marche forcée.<br />
A2: Elle disait à Thérèse «Ah non, vous n&#8217;allez pas payer ça, après vous ne mangez pas pendant huit jours», qui répondait «et qu&#8217;est-ce que ça peut bien faire!»<br />
A3: Et puis j&#8217;étais retourner dans Paris délavé de soleil et de printemps, pour fêter mon anniversaire et parler paternité et business avec FiX au fin fond du XXe.<br />
B1: J&#8217;avais mariné dans la peur, mais point trop les révisions, avant mon oral pour rentrer en classe préparatoire au concours de l&#8217;école permettant d&#8217;accéder éventuellement à une promotion professionnelle. Tout de même, j&#8217;avais été pris. (Barbara Hepworth, Gerrit Rietveld)<br />
B2: A La Hague, Crame allait voir Charles Taylor en son déni, et pour lui-même traçait un avenir de femme (gitane) à barbe banale. Chaque matin, comme les semaines de travail, il émergeait en matant l&#8217;internet social-cul.<br />
B3: Rescapée de l&#8217;insolation, SophCo se demandait si son été serait fait d&#8217;un gigantesque congé sabbatique ou juste d&#8217;un plan social. Elle doutait qu&#8217;on lui trouvât un mec potable en ligne.<br />
C1: Et après tout, l&#8217;été était venu, l&#8217;été batave qui tousse grassement comme un automne asthmatique, l&#8217;été beau et luisant comme un sanatorium de bord de mer. Le travail avait curieusement redoublé, et c&#8217;était bien agréable, de s&#8217;affairer ainsi mais dans des bureaux calmes, vidés par les vacances des autres.<br />
C2: A Berlin, on avait fêté en force les trente ans d&#8217;Idan STAPS, Rob et Dani avaient accompagné impromptu des tubes de Chava Alberstein et «La chanson des vieux amants». On s&#8217;était rassasié et plus de délices veggie, et puis on était tard parti danser, ou dormir, ou papoter, dans une boîte/squat/jardin de bord de voie ferrée. Dans la ville qui ne travaille jamais, rien n&#8217;avait plus d&#8217;heure.<br />
C3: On avait fait un tour du Kreuzberg gauchiste et pédé, et les pèlerinages de Sans-Souci et du Reichstag. Xavier disait: «Ilan Halimi, c&#8217;est la Shoah des Sépharades!» et refusait de chanter en public: «I&#8217;m not your Sephardic monkey!»<br />
D1: Rob aussi avait fêté son anniversaire, courant d&#8217;un point de la ville à l&#8217;autre, s&#8217;ébaudissant d&#8217;une choucroute à la crème.<br />
D2: Alex avait parlé caca et sida, et tombé le maillot pour chanter «Toxic» dans un karaoke; la routine.<br />
D3: Et moi, je continuais d&#8217;avoir mes doutes et mes colères. (Sigmar Polke).</p>
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		<title>Pérambulation</title>
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		<pubDate>Tue, 21 Apr 2009 15:52:31 +0000</pubDate>
		<dc:creator>PatCo</dc:creator>
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A1: Il y a des semaines, BoxingBoy était venu rendre visite à sa soeur à A-dam. Amoureux craignant l&#8217;éconduite, il terrait son angoisse dans la confection de soufflés au fromage.
A2: BoxingPhoto fêtait dignement la quille et la crise au Jeu du téléphone.
A3: C&#8217;était juste avant que je ne passe le concours d&#8217;entrée dans la prépa [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><img src="http://www.freedonia.fr/200904/01.jpg" title="Il y a des semaines, BoxingBoy était venu rendre visite à sa soeur à A-dam. Amoureux craignant l'éconduite, il terrait son angoisse dans la confection de soufflés au fromage." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/02.jpg" title="BoxingPhoto fêtait dignement la quille et la crise au Jeu du téléphone." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/03.jpg" title="C'était juste avant que je ne passe le concours d'entrée dans la prépa du concours d'entrée. Du jour des écrits: la Villette comme un cauchemar eighties de béton dans le froid net du petit matin avenue Jean-Jaurès, la Villette Géode et Halle étincelantes le soir au grand soleil de printemps, l'apéro et le digne dîner carnivore avec les Ngroung, je n'ai hélas pas de photos." width="250" height="250" /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200904/04.jpg" title="Je n'ai pas beaucoup parlé de Rob, non plus. Crame dit: «ah oui, j'oublie toujours pour ton amour.»" width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/05.jpg" title="A Paris, la PELTAG envisageait la privatisation. Bientôt, ShiningRubis dirigerait une société de gardiennage de la mode." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/06.jpg" title="DC disait: «mes parents sont en plein revival de la Shoah.»" width="250" height="250" /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200904/07.jpg" title="Pourtant, on ne se quitte plus. Ainsi, cette visite, cette promenade à Breda." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/08.jpg" title="A Paris aussi, tea-time et cancans avec Maaxxx, depuis les chics toits du boulevard Raspail." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/09.jpg" title="Un dîner chez Marie-Gabrielle. On discutait avec Nico No-Photo de l'Etat et de ses serviteurs." width="250" height="250" /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200904/10.jpg" title="Le dimanche, on avait été voir une expo yiddish avec les STAPS. Alex parlait de son manuel de gender studies, d'un journal féministe historique..." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/11.jpg" title="... et François B2 réinterprétait: «... elles impriment ça à deux au fond d'une cave, t'as bu tout l'alcool, on peut plus ronéotyper, à cause de toi le numéro annuel de Nouvelles Etudes féministes est pas sorti!»" width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/12.jpg" title="Les B2, eux-mêmes, avaient blanchi leur nuit et leur foie avec BoxingBoy et Maaxxx au Banana Café." width="250" height="250" /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200904/13.jpg" title="Le samedi, avec Matthieu DC, on avait parcouru le Marais désaltéré de soleil printanier, tout terrasses et jolis garçons à vélo. Sortie de La Perle: «c'est la fête des blondinax ou bien?!»" width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/14.jpg" title="Dimanche soir, ShiningRubis sombrait dans l'abîme de sa relation striver / slacker avec son fuckbuddy." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/15.jpg" title="Crame continuait son Catalogue des garçons de l'Union latine et de l'Union pour la Méditerranée. Bientôt, ce serait la Croatie!" width="250" height="250" /><br />
<img src="http://www.freedonia.fr/200904/16.jpg" title="Et le lundi, on discutait avec Morgie dans les files de Beaubourg et attablés dehors, d'An vue à Bruxelles, de ses projets, du job à trouver à Paris ou ailleurs: «Je suis plus Madrid que Barcelone. J'suis snob quoi!»" width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/17.jpg" title="A Meudon et à Sèvres, j'ai un peu circulé et beaucoup pris de photos, avant que je n'oublie, avant que tous ces beaux vestiges ne soient déblayés par une malencontreuse rénovation." width="250" height="250" /><img src="http://www.freedonia.fr/200904/18.jpg" title="Chaque maison était un lest de souvenirs, de songes, de paralogismes d'enfance, d'anecdotes et d'archétypes. Même les immeubles que je découvris, la mystérieuse rue Estelle que j'osais emprunter pour la première fois, les remémoraient, les confirmaient." width="250" height="250" /></p>
<p>A1: Il y a des semaines, BoxingBoy était venu rendre visite à sa soeur à A-dam. Amoureux craignant l&#8217;éconduite, il terrait son angoisse dans la confection de soufflés au fromage.<br />
A2: BoxingPhoto fêtait dignement la quille et la crise au Jeu du téléphone.<br />
A3: C&#8217;était juste avant que je ne passe le concours d&#8217;entrée dans la prépa du concours d&#8217;entrée. Du jour des écrits: la Villette comme un cauchemar eighties de béton dans le froid net du petit matin avenue Jean-Jaurès, la Villette Géode et Halle étincelantes le soir au grand soleil de printemps, l&#8217;apéro et le digne dîner carnivore avec les Ngroung, je n&#8217;ai hélas pas de photos.<br />
B1: Je n&#8217;ai pas beaucoup parlé de Rob, non plus. Crame dit: «ah oui, j&#8217;oublie toujours pour ton amour.»<br />
B2: A Paris, la PELTAG envisageait la privatisation. Bientôt, ShiningRubis dirigerait une société de gardiennage de la mode.<br />
B3: DC disait: «mes parents sont en plein revival de la Shoah.»<br />
C1: Pourtant, on ne se quitte plus. Ainsi, cette visite, cette promenade à Breda.<br />
C2: A Paris aussi, tea-time et cancans avec Maaxxx, depuis les chics toits du boulevard Raspail.<br />
C3: Un dîner chez Marie-Gabrielle. On discutait avec Nico No-Photo de l&#8217;Etat et de ses serviteurs.<br />
D1: Le dimanche, on avait été voir une expo yiddish avec les STAPS. Alex parlait de son manuel de gender studies, d&#8217;un journal féministe historique&#8230;<br />
D2: &#8230; et François B2 réinterprétait: «&#8230; elles impriment ça à deux au fond d&#8217;une cave, &#8216;t&#8217;as bu tout l&#8217;alcool, on peut plus ronéotyper, à cause de toi le numéro annuel de <em>Nouvelles Etudes féministes </em>est pas sorti!&#8217;»<br />
D3: Les B2, eux-mêmes, avaient blanchi leur nuit et leur foie avec BoxingBoy et Maaxxx au Banana Café.<br />
E1: Le samedi, avec Matthieu DC, on avait parcouru le Marais désaltéré de soleil printanier, tout terrasses et jolis garçons à vélo. Sortie de La Perle: «c&#8217;est la fête des blondinax ou bien?!»<br />
E2: Dimanche soir, ShiningRubis sombrait dans l&#8217;abîme de sa relation <em>striver / slacker </em>avec son <em>fuckbuddy</em>.<br />
E3: Crame continuait son Catalogue des garçons de l&#8217;Union latine et de l&#8217;Union pour la Méditerranée. Bientôt, ce serait la Croatie!<br />
F1: Et le lundi, on discutait avec Morgie dans les files de Beaubourg et attablés dehors, d&#8217;An vue à Bruxelles, de ses projets, du job à trouver à Paris ou ailleurs: «Je suis plus Madrid que Barcelone. J&#8217;suis snob quoi!»<br />
F2: A Meudon et à Sèvres, j&#8217;ai un peu circulé et beaucoup pris de photos, avant que je n&#8217;oublie, avant que tous ces beaux vestiges ne soient déblayés par une malencontreuse rénovation.<br />
F3: Chaque maison était un lest de souvenirs, de songes, de paralogismes d&#8217;enfance, d&#8217;anecdotes et d&#8217;archétypes. Même les immeubles que je découvris, la mystérieuse rue Estelle que j&#8217;osais emprunter pour la première fois, les remémoraient, les confirmaient.</p>
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